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Portrait de la jeune fille en feu par Cinémascarade Baroque

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D’une beauté formelle étourdissante, « Portrait de la jeune fille en feu » semble véritablement construit comme une succession de tableaux vivants. Une expression terriblement galvaudée, mais qui n’a jamais été aussi juste et palpable dès les premières séquences du film. Les couleurs, solaires et jaillissantes comme de vagues violentes issues d’une mer déchaînée, expriment avec fièvre l’exaltation des sentiments les plus enfouis des personnages. Cette envie de plonger en l’autre, dans la passion, de trouver l’intimité, est contrebalancée par une atmosphère romanesque que n’aurait pas renié la littérature anglo-saxonne. Les sœurs Bronté ou Edgar Poe semblent s’immiscer dans le mystère, dans le silence fantasmagorique qui semble se dégager des lieux où cohabitent les protagonistes.

Céline Sciamma prend son temps pour poser les bases de la relation entre Marianne et Héloïse. C’est un rapport complexe, fait de regards et de gestes qui en disent long. La relation entre l’artiste et son sujet va constamment s’inverser, entre attirance, rigueur et inspiration mutuelle. Découvrir l’autre, c’est ainsi se confronter à son regard et du coup à soi-même également. Ces deux femmes se renvoient leurs espoirs et leurs fêlures. Le film ne choisit cependant pas un rapport de force ou un match psychologique, la narration préfère garder une certaine épure dans sa progression. Il n’y pas de réelle dramaturgie ou d’élément superflu qui viendrait se greffer au récit. La mise en scène dessine un regard troublé, sachant se poser avec force pour dégager l’émotion ou se faire plus distancée pour contempler la liberté exprimée des personnages.

Céline Sciamma questionne la société des mœurs, la place des femmes, le rapport amoureux mais va également au-delà en abolissant les rapports hiérarchiques. Il y a un fantastique quasi-prégnant, presque mystique qui se glisse dans une histoire pourtant bien réelle. Ces femmes, laissées à leur quotidien dans un moment clef du film, s’épanouissent, se construisent et se lient sans repousser la nature qui les entoure. Il en résulte des scènes magnifiques, poignantes, rappelant la force que les femmes sont capables de libérer. Et l’art dans tout cela ? Il reste un fil conducteur et surtout un moyen d’expression d’une parole qui peut être réellement écrasée. Le film rappelle à quel point que, quel que soit la culture ou l’éducation de chacun, l’art est fédérateur et qu’il marque pour l’éternité le meilleur de l’Homme.

« Portrait de la jeune fille en feu » est un très beau film, sûrement le meilleur de Céline Sciamma. Cette histoire de peinture, d’amour et d’émancipation s’imprègne d’une poésie et d’une sensibilité absolument justes. L’esthétique ne réside pas que dans l’image, la représentation mais bien le cœur et les sentiments. L’un ne va pas sans l’autre. Le film parle du désir et de la difficulté de le gérer et de le défendre. Finalement, la passion de ces femmes génère autant de bonheur que de tristesse mais jamais avec le souci des regrets.

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