Déconstruire la muse

Avis sur Portrait de la jeune fille en feu

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Ce qu'on remarque du film en premier, c'est sa photographie, qui a fait tant d'éloges ; la vision qu'elle donne de l'île bretonne, de l'isolement qu'elle procure d'une société qu'on sent déjà effervescente (us et costumes obligent), puis les portraits qu'elle offre et où elle se fait le contrepoint admirablement contemporain du troisième art, celui qui lui tient lieu d'ancêtre : la peinture. Nous voilà entrés dans son univers.

La vacuité enchanteresse du film promet tout, mais surtout elle délivre un calme immense et entier où tout peut naître de la simplicité. La tristesse, par exemple, et l'intimité, qui doucement montent puis se mêlent, entrelaçant des femmes dans un éther qui dissout les barrières sociales sans jamais croquer d'utopie, car Sciamma s'intéresse à l'essentiel. Ces femmes complices, égales, forgées par une existence jamais survalorisée, en compagnie desquelles l'art ne connaît plus de muse, mais vibre pourtant de la passion qu'on prêtait à leur beauté inspirante.

Quand je parle de vacuité, c'est loin d'être péjoratif : c'est que l'œuvre est conçue comme un souvenir, avec ses moments forts qui résonnent dans une enveloppe creuse mais non moins émouvante : au contraire, elle n'en a que plus de place et n'en est que mieux chérie. Je lis (avec la fierté que ne pouvait que causer la confirmation que je comprends un travail que j'admire) que c'est effectivement ce que la réalisatrice cherchait à concevoir : un souvenir, un écho plus fidèle à l'émotion vraie, semble-t-il, que le moment-même où l'on en faisait l'expérience.

Cet écho, non content de fonctionner, ne lui est pas que personnel : il émane, se propage, et finalement convainc : l'essentiel peut s'exprimer encore avec justesse.

Quantième Art

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