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Avis sur Poultrygeist : Night of the Chicken Dead

Avatar Wykydtron IV
Critique publiée par le

Quand Lloyd présente Poultrygeist, c'est toujours de la même façon : un remake plan par plan de "La liste de Schindler", mais avec des zombies poulets remplaçant les juifs, et un fast-food à la place des camps de concentration. Bon, moi je dirais que le titre du film résume bien mieux les deux influences qui ont mené à ce cocktail d'enfer : Poltergeist (pour le cimetière) et La nuit des morts-vivants.
Je me souviendrai encore longtemps de la nuit où j'ai vu Poultrygeist. C'était il y a 3 ans. Il était trop tard pour que quelqu'un de raisonnable comme moi lance un film d'1h43, mais j'étais dans un marathon Troma, voyant la plupart de leurs classiques pour la première fois, et après avoir adoré Toxic avenger 2 et Toxic avenger 4, je ne voulais pas attendre le lendemain pour leur dernier film en date, qui s'annonçait très bon.
Au visionnage de chacun des deux films susmentionnés, je m'étais à chaque fois dit "c'est le film le plus taré que j'ai jamais vu". J'étais loin de penser que Poultrygeist pourrait les surpasser.
Non seulement il concentre tout ce qu'il y a de meilleur dans l'esprit Troma, mais en plus il y a des chansons dedans ! Et contrairement à ce que je pensais avec un peu d'appréhension, les chansons concoctées par Lloyd Kaufman sont loin d'être bâclées ou mal interprétées.
Je savais déjà à l'époque à quel point Troma était une compagnie avec peu de moyens, mais je pensais que pour cette production des années 2000, ils avaient enfin eu un budget conséquent, à en juger rien que par cette qualité vidéo à laquelle n'avait pas eu droit Toxic 4, sorti 6 ans plus tôt.
En fait, je ne l'ai appris que récemment en me renseignant sur Nanarland, mais ils ont eu encore moins de moyens qu'avant, et toute l'équipe de tournage et les acteurs sont des bénévoles ! Ca ne fait que donner plus de mérite à ce film et à Lloyd Kaufman.

Bon, je vais pas faire genre "ce film est une critique de la société de consommation, et des fast food qui peuvent prospérer grâce aux Américains, etc", je m'en fichais la première fois que j'ai vu Poultrygeist, le propos éventuel que je vois maintenant me passant par-dessus la tête, puisque c'était le délire et le gore que je voulais.
Mais même pour Lloyd, ça ne ressemble qu'à un prétexte pour faire un long-métrage de malades. Il faut voir rien que la gratuité avec laquelle certaines piques sont lancées au cours du film. Je n'avais pas cherché de sens au premier visionnage, je ne sais pas finalement si Lloyd est sérieux ou non quand en interview il parle des fast food, de toute façon ce type me semble n'être jamais sérieux, et qu'il y ait un propos dans son film ou non, whatever, un des trucs que j'ai aimé dans Poultrygeist c'est la géniale absurdité de certaines répliques, ("the wet t-shirt conteeest, motherfuckeeeeer"), rendues hilarantes par l'interprétation des acteurs, qu'il y ait une logique ou non.
On peut par contre percevoir un petit message de Lloyd quand il évoque dans une des chansons les grosses compagnies qui écrasent les petits entrepreneurs, parabole certainement de ce qui arrive au créateur de Troma de nos jours, incapable de continuer à sortir ses films à cause des Majors, ces studios immenses, qui bouffent le marché sans laisser de place aux indépendants.
On dirait aussi que c'est en étant conscient de ça, comme s'il avait prédit que Poultrygeist risquait d'être une de ses dernières réalisations (il n'a réussi à en sortir aucun depuis 2006 !), que Lloyd se met en scène dans ce film-ci dans le rôle d'un vieil homme qui donne comme conseil à la version jeune de lui-même de ne pas suivre la même voie que lui. Un vieil homme qui, par ailleurs, ne voyait comme seule issue, avant que les zombies ne débarquent, que l'attentat-suicide. Il n'est pas si vieux que ça, Lloyd, mais tient quand même le discours d'un homme en fin de parcours, ayant probablement pensé qu'il ne pourrait pas le replacer dans un de ses films plus tard.
Mais Lloyd, qui se désigne comme l'herpès de l'industrie du cinéma pour la simple raison qu'il refuse de partir un jour, continue de défendre son œuvre, ses valeurs.
Pour les fans de Troma, ou pour faire sa propre pub, je ne sais pas, il dissémine dans son film plusieurs posters d'autres titres de sa société, il fait porter à son héros un t-shirt "I love the monster hero", replace un stock-shot devenu un running-gag puisqu'il est apparu dans "Sergent Kabukiman", "Terror firmer" et "Citizen Toxie", et fait revenir quelques habitués comme Ron Jeremy ou Joe Fleishaker. Il fait aussi participer Caleb Emerson, connu pour "Die you zombie bastards", un film qualifié souvent de Troma-like (et que j'ai trouvé vraiment pourri).

Mais surtout, Poultrygeist, c'est le meilleur film musical comportant des litres et des litres de vomi, de merde, et de sang.
Lloyd Kaufman, plus que jamais, nous sert un chef-d'œuvre sans concessions, qui va vraiment au bout de son trip. Je me souviens comme j'avais été terrassé par une création aussi audacieuse et hilarante, d'un mauvais goût sans pareil et, inévitablement, savoureux pour moi.
Les gags et le gore me plient en deux à tous les coups, les FX m'ont maintes fois dégoûté et fasciné en même temps (dégoûté, vraiment... la scène de Jared qui se dégonfle est d'une telle folie), et les chansons sont totalement géniales.
Pourquoi est-ce qu'un truc aussi dingue, idiot, misogyne, et gratuitement vulgaire dans tous les sens du terme, que Poultrygeist me plaît au plus haut point, alors qu'à côté je n'aime pas, par exemple, crank 1 et 2 ? C'est un mystère encore irrésolu pour moi. Mais ça doit être la magie de Troma, tout simplement.

Au fil des années, j'ai remarqué comme Poultrygeist était relativement connu, même par des gens ayant nullement connaissance de ce qu'est Troma, alors qu'il n'est jamais sorti en France.
Enfin, tant mieux, mais à chaque fois je recommande de voir Toxic 1, 2 et 4 pour voir la progression dans de la démence de plus en plus jouissive.
Nom d'un chien, il FAUT que Lloyd Kaufman fasse un autre film. Il n'y a que lui pour en faire de pareils. Respect éternel à ce monsieur, qui a tenu bon pendant des décennies, malgré un manque de moyens, pour nous fournir des délires cinématographiques extrêmes et incroyablement réjouissants. Me demande pourquoi ses potes plus connus comme James Gunn ne pourraient pas produire un de ses films... ce serait le bonheur.

outbuster
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