"Je n'ai jamais rencontré la paix. Je n'y crois pas."

Avis sur Pour une poignée de dollars

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Le premier film de Leone est un western baroque à la dramaturgie opératique dans lequel chaque personnage se voit affublé d'un thème musical précédant son arrivée. La musique accompagne le moindre mouvement de ses personnages, elle souligne chaque action en l'amplifiant mille fois et en l'étirant, mais surtout elle exprime ce que l'image seule ne peut exprimer, le lyrisme flamboyant de la fable. Une fable distanciée, ironique ou le grandiose côtoie le grotesque, le poétique – le réaliste, le sensible – le trivial, le tragique – le comique.

Le lieu est quelconque, un village de l'ouest américain où la population est prisonnière d'un conflit opposant deux familles de truands, comme un peuple pris en otage entre deux ennemis politiques, mais aussi entre deux pays, à la frontière mexicaine. Deux familles qui vont se déchirer pour qu'une seule survive à la fin, celle sauvée par Eastwood, qui fuira le théâtre de cette violence. Comme toujours chez le cinéaste italien, la guerre et ses horreurs sont présents en toile de fond, ici c'est le massacre des soldats auquel prendra part Gian Maria Volonte et ses acolytes, déguisés en soldats de l'Union, comme un écho à l'autre guerre, celle qui fait rage au sein du village. C'est une tragédie qui se joue et le patelin a des airs de scène de théâtre au décor décrépi avec ses bâtiments surélevés, sans profondeurs, et son arène centrale dans lequel tous les conflits se résolvent.

L'argent est le seul motif qui guide les personnages dans l'Amérique de Leone, c'est le seul moteur. Lui en revanche propose déjà l'amitié, et la famille. Le personnage de Benito tabassé et pendu à une corde, le visage tuméfié ne sera pas sans nous rappeler Fat Moe tentant de couvrir Noodles 20 ans plus tard. Leone trouve ici son alter ego dans le personnage d'Eastwood, personnage cynique et manipulateur qui met en scène le récit. Tantôt d'un coté, tantôt de l’autre, il dicte les enjeux dramatiques et organise le duel sanguinaire entre les deux familles en jouant un double jeu, un jeu fait de faux-semblants où les morts ont l'air vrai et où l'on occupe un cercueil alors qu'on est toujours vivant. Il joue de l'espace en se cachant « hors champs » pour échapper à ses ennemis, se réfugiant sous la « scène » quand Volonte le recherche et se fait parfois spectateur comme lors de l'incendie final.

A l'image de Leone, son héros est un inconnu qui traverse le film en faisant tout sauter sur son passage. Puis Eastwood apparaît dans une fumée blanche comme un fantôme, le gringo, vieille figure d'un genre moribond vient faire table rase du passé en dynamitant les codes et flinguant à tout va. Il conclut sur un simple « salut » adressé à son ami, les deux hommes viennent de se sauver réciproquement la vie, mais pas d'emphase, l'apothéose est passée, la trivialité reprends le dessus, et la musique tragi-comique de Morricone vient conclure.

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