Savoir tirer entre les lignes

Avis sur Pour une poignée de dollars

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Une poignée de dollars, deux cent mille pour être plus précis : voilà ce qui se cache sous les fondations de la fameuse Trilogie du dollar, qui en dépit d’une quelconque unicité narrative est de ces monuments du western spaghetti. Per un pugno di dollari, le premier du lot donc, s’avère pourtant relativement faible en dépit de ses inspirations, un certain Yōjimbō, dont il est le remake.

C’est à se demander si le film d’Akira Kurosawa est aussi creux que sa transposition italienne, mais passons. In fine, ce Sergio Leone vraisemblablement mineur en termes de qualité (côté renommée, c’est une autre histoire) doit son salut à son dernier arc : car en rompant la monotonie du « coup d’avance » et en attentant à l’apparente invincibilité de son protagoniste, le récit s’autorise une imprévisibilité inespérée, saupoudrée d’une violence brute remodelant l’atmosphère légère jusqu’alors à l’œuvre.

Mais, auparavant, le tableau n’était donc guère enthousiasmant : le charisme naturel de Clint Eastwood ne saurait suffire à rattraper l’essence volatile de « Joe », manipulateur en herbe tenant de l’agent du chaos plus malin que tout le monde. Un état de fait d’ailleurs bien aidé par le peu de jugeote de ses victimes consenties, aucune n’étant en mesure de rattraper la naïveté de l’autre : certes, les Rojo instigueront le tomber de rideau évoqué plus haut, mais gageons que le mal était déjà fait.

Per un pugno di dollari n’est donc pas crédible pour un sou, à raison de plus que les élans bienfaisants du pistolero débarquent comme un cheveu sur la soupe : difficile d’y croire. Dans un registre plus formel, le style iconique de Sergio Leone transpire bien ci et là, toutefois le peu de soin apporté à certaines séquences (le massacre perpétré par Ramon est d’un ridicule consommé), la profusion de peinture rouge (c’est en tout cas ce que nous évoque le sang en son sein) et d’apparents faux-raccords diurnes-nocturnes ajoutent à la déception.

Non pas que le long-métrage soit irrécupérable ou juste mauvais, mais le fait est que son statut laissait supposer autre chose que cette prégnante impression de vacuité. Heureusement, tout porte à croire que ses deux « suites » auront fait bien mieux, tout du moins est-ce le cas d’Il buono, il brutto, il cattivo dans notre souvenir.

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