Pourquoi on pleurt

Avis sur Pourquoi je vis

Avatar Guillaume L.
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Je le précise d'emblée, c'est le téléfilm que je critique et pas la personne. J'aime bien Grégory Lemarchal et je l'assume, je ressens une vraie sympathie pour ce jeune homme parti trop tôt et qui avait une voix sublime.

Mais là, trop d'acteurs au jeu approximatif, une histoire survolée, des anachronismes à foison, une mise en scène et une réalisation au ras des pâquerettes et un manque de budget évident... font qu'en tant que film ça ne prend pas.

D'abord pour les acteurs, Mickael Lumière s'en sort pas trop mal, et heureusement puisque c'est lui qui tient le rôle titre. Le gosse qui joue Grégory petit aussi s'en sort bien, dommage qu'on ne le voit que dans deux scènes, il est la version miniature du chanteur. Arnaud Ducret fait du Ducret, c'est-à-dire que le gars a en permanence son sourire en coin quel que soit le rôle qu'il joue, Odile Vuillemin, Lou Gala, Candice Dufau, celui qui joue Mathieu Gonet et à mon grand étonnement Nikos (qui joue son propre rôle, on a vu pire comme job) sont corrects, après tout ça reste un téléfilm. Mais tout le reste... Entre le fait que les acteurs ne ressemblent pas vraiment aux vraies personnalités qu'elles interprètent ou/et jouent comme des quiches, on sort vite du film. Mais attention, je ne dis pas que ce sont les acteurs qui sont forcément mauvais, mais en tout cas ils ne sont pas très bien dirigés globalement.

Côté scénario, ça ne raconte pas grand chose non plus. On évoque énormément la mucoviscidose et je le comprends tout à fait, c'est ce qui faisait la particularité de Grégory, le fait d'être malade en plus d'être talentueux, et c'est aussi pour sensibiliser les gens et les inciter à donner à l'association. Mais ça ne constitue pas une histoire. Globalement, ce film, c'est une trame toute trouvée (naissance, découverte de la maladie, enfance, quotidien avec le personnel soignant, passion pour le chant, Star Academy, album, rencontre avec sa copine, tournée, mort) et il n'y a rien derrière pour que toutes ces étapes aient de la consistance. Pour la découverte de la maladie par exemple, on effleure la conséquence que ça a sur le couple Lemarchal, on évoque très rapidement des difficultés financières avec les soins non remboursés, et puis on passe à autre chose, comme s'il y avait des dizaines et des dizaines de choses à raconter pour la vie d'adulte de Greg... Il y a bien sa visite auprès de gamins malades qui était intéressante aussi dans le sens où on aurait pu voir le quotidien de ces enfants, ou, et je sais que je suis cruel en disant ça, apprendre la mort un peu plus tard dans le film de l'un d'eux, ce qui aurait pu avoir un impact sur Grégory et le faire douter un peu plus quant au choix de se faire greffer ou non. Mais à la place, on préfère mettre en avant un dilemme entre le fait de garder sa voix ou de vivre quelques années de plus... C'est justement là que l'intérêt d'un biopic aurait pu se manifester, ce n'est pas un documentaire et on sait déjà que quelques scènes sont inventées de toutes pièces, pourquoi ne pas y injecter de l'émotion ?

De plus, le film est ponctué d'anachronismes bien trop nombreux et surtout trop visibles. Il est tout à fait naturel d'avoir dans un biopic, quel que soit le budget, des anachronismes glissés ici et là, mais là le réalisateur n'a pris aucune mesure pour les masquer. Dans ce film, on voit donc dans les années 90 une Renault Zoé, une Toyota Yaris, une Citroën C4 bien de maintenant, une Modus, un rayon CD de supermarché avec la réédition du dernier album de Patrick Bruel, le dernier album de Philippe Katerine, l'album studio et l'album Live des Trois Cafés Gourmands, l'album d'Aya Nakamura, le dernier album de Souchon, le dernier album de Lana Del Rey, le dernier disque d'Eva Queen, le dernier album de Kendji Girac, le dernier album d'Harry Styles... Et plus loin dans le film on a un plan sur l'entrée de l'Olympia. Alors moi j'y ai vu une référence au biopic Cloclo car on a le même genre de plan dans ce film, rempli de fausses affiches de tournée de Claude François. Sauf que là toutes les affiches des concerts prévus pour 2020 sont dans le hall, y compris par exemple le groupe Last Train dont les membres n'étaient pas encore entré au collège quand Grégory Lemarchal chantait à l'Olympia. Et y'a aussi des écrans Full HD 16:9 32 pouces qui trainent un peu partout dans le film, c'était si dur de fabriquer des fausses bordures en toc et de faire une incrustation au milieu pour simuler la présence de TV de l'époque ou d'en récupérer d'occasion sachant que ça ne coûte rien de nos jours ? Ah oui aussi, dans l'univers de ce film, les CD singles en 2006 étaient vendus dans des boîtiers cristal noirs, et les dernières Vans à la mode étaient portées par les élèves de la Star Academy.

Alors vous allez me dire "Oui mais oh, c'est pas les incohérences ou même le jeu des acteurs qui font la qualité ou pas d'un film, y'a la mise en scène et la réalisation surtout". Et je suis complètement d'accord avec ça. Alors la mise en scène et la réalisation parlons-en, c'est fonctionnel et fade. Il y a bien 2-3 petits plans séquences minuscules dans le film, mais sinon c'est de la réalisation fonctionnelle avec une photographie de téléfilm TF1. Pourtant la chaîne (comme les chaînes du service public) a ajouté des bandes noires à ses séries et téléfilms originaux pour donner le même ratio que les productions Netflix à leur création depuis quelques années. Mais ce qu'il y a entre les bandes noires, c'est du même niveau qu'il y a 5-6 ans, c'est bien là le problème. Oui enfin quand même, il y a un effort de fait, attention c'est un truc de fou, le film n'est pas linéaire. Sauf que ça n'apporte rien. Je trouvais déjà que ça n'apportait pas grand chose au film La Môme (puisque visiblement le réalisateur de Jean-Philippe à qui on doit ce biopic pour TF1 aime s'inspirer des biopics ciné sur les chanteurs français), mais là ça n'a aucun but à part faire mariner le spectateur qui ne peut pas prévoir d'avance la prochaine scène qu'il va voir. On n'utilise même pas cette narration pour joindre par le montage deux événements similaires ou complètement opposés, non non non, ça ne sert juste à rien. Ajoutons à cela une musique au piano ou aux violons larmoyants pendant toutes les scènes d'émotion, la subtilité de la révélation des noms des personnages (car il est souvent impossible de les reconnaître comme ils ne ressemblent pas aux vrais) et cela donne un film à la mise en scène extrêmement pauvre. Finalement, les seules séquences qui marchent bien, c'est quand Grégory chante, parce que Mickael Lumière semble s'être un peu bougé pour reproduire au mieux les mimiques et la passion du personnage qu'il interprète. Et puis en plus, ce sont les versions studio qu'on entend en fond sonore donc ça renforce l'illusion. Il y a aussi un autre passage qui n'était pas trop mal fichu, c'était la finale de la Star Academy avec la révélation du vainqueur. Le réalisateur a calqué certains mouvements de caméra de la véritable séquence, et on y croirait presque.

Enfin, on sent le manque de budget derrière ce téléfilm. Tout ce qui est reconstitution d'images d'archives fait assez bas de gamme, et ce même quand Lumière encore une fois fait de son mieux pour que la scène soit correcte. Entre Graine de star où le gosse chante sur un fond vert juste après avoir montré quelques images d'archives bien réelles de l'émission et la prestation à la Star Ac' sur un plateau vide ou encore certains costumes, c'est triste. Les images issues de concerts ne sont pas toujours glorieuses non plus, avec un orchestre symphonique qui joue Et maintenant de Bécaud mais avec juste un bassiste, un batteur, un guitariste et un claviériste sur scène.

Je crois que j'en attendais tout simplement trop, c'est un téléfilm comme des dizaines d'autres, très creux mais qui se veut larmoyant. Vous me direz qu'énormément de points que j'ai listé dans ma critique sont des détails, et c'est vrai, mais une montagne de détails ça commence à faire beaucoup. Ça me fait de la peine car je pense que Grégory Lemarchal, malgré sa carrière éphémère, méritait un projet plus consistant pour lui rendre hommage.

Pour terminer, je rappelle qu'il y a tout un tas de moyens pour donner de l'argent à l'association Grégory Lemarchal :
- En ce moment on peut donner 5 euros en envoyant GREG par SMS au 92 777
- Une partie des bénéfices de l'album posthume Pourquoi je vis sont reversés à l'association. En théorie c'est valable pour les albums précédents aussi si vous les achetez neufs, mais je n'en suis pas sûr et certain.
- Pierre Lemarchal fait régulièrement des concerts où il reprend de la variété française partout en France et ce bénévolement, c'est-à-dire qu'il voyage avec le matos et ses musiciens, qu'il vend ses propres albums sur place, organise des tombolas et des produits dérivés, ce qui fait que tout l'argent gagné revient à l'association. Ça dure longtemps, il chante bien et rend hommage à son fils avec humilité et dignité chaque soir.

Et si vous souhaitez juste donner et être sûr que personne d'autre que l'association ne gagne des sous grâce à vous :
https://association-gregorylemarchal.org/faire-un-don/

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