"Now that's a proper introduction."

Avis sur Premier contact

Avatar Sar_Altaira
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Lorsque la chanson This bitter earth (figurant au générique de Shutter Island) a résonné dès les premières secondes du film, j'ai été prise d'un mauvais pressentiment. D'abord parce que, stupidement, je n'aime jamais retrouver les mêmes chansons utilisées d'un film à l'autre. Surtout lorsqu'aucune continuité, aucune résonnance logique ne peut servir de lien connecteur entre deux œuvres radicalement différentes. Mais je me suis accroché. J'ai imprimé très fort le nom de Denis Villeneuve dans mon cerveau (encore sous le choc de la claque Prisoners), et j'ai tenté d'oublier que ce film avait été encensé et m'avait été maintes et maintes fois conseillé, jusqu'à m'en rebattre les oreilles. Conclusion ? Pas si mal.
Je m'attendais à mieux, mais il serait hypocrite de ne pas voir dans Premier contact un film à la qualité indéniable et dont la réflexion poussée se heurte néanmoins à quelques vices de forme qui m'ont empêché de profiter pleinement du voyage.
Le Canadien est doué pour instaurer une forme de subtilité bienvenue dans le cinéma hollywoodien. Dénué d'américanisme pur, il ose l'audace, et questionne enfin la balance éternelle Gouvernements VS peuple innocent. Ici, ce dernier est davantage pointé du doigt pour ses tendances complotistes mises en exergue et dénoncées avec une certaine forme d'habileté. Oui, l'armée a ses torts, comme toujours, agit parfois précipitamment car peine à prendre le temps d'écouter (faute d'en disposer assez, comme le représente assez bien le personnage du sempiternel impeccable et discret Forest Whitaker), mais la populace ne vaut guère mieux. Prompte à la panique, servant davantage de détonateur aux révoltes et décisions nées de l'ignorance pure, Villeneuve ose, à plusieurs reprises, souligner que l'armée, aussi brute soit-elle, tente ici d'établir un contact au fil de plusieurs et interminables semaines, mettant à profit les connaissances d'expert raisonnés et raisonnables. Je ne me rappelle pas avoir, dans un autre film, eu l'occasion de contempler l'armée sous des traits aussi nobles. Sans doute parce que Premier contact se distingue évidemment du film-catastrophe, et souhaite proposer autre chose, tant au cinéma que comme vision du monde et du langage. Une mise en abîme réussie.

Enfin, on nous propose autre chose que des créatures humanoïdes en guise d'aliens. Sans verser dans l'évidence, ni pour autant pécher par excès d'originalité en nous pondant un design sans queue ni tête, la proposition du film est intéressante, et nous évoque dans un sourire l'intelligence des créatures comme les poulpes et autres pieuvres, réputées pour leur ingéniosité, malgré leur aspect peu ragoûtant. Ici, c'est pareil. Les créatures fascinent et dégoûtent à la fois. Nous sommes toujours au bord d'un précipice de crainte, victimes de l'effet que l'inconnu provoque toujours sur l'esprit humain. La question qui préoccupe tout au long du film les différentes armées du monde instaure une tension efficace et persistante, tout en se jouant des clichés et en arborant quelques scènes étonnamment chaleureuses et émouvantes, de ces tentatives de communication entre extra-terrestres et espèce humaine.
Au bout du compte, cette fable parvient à se démarquer de ce qui se fait en matière "d'invasion" ou de rencontre du troisième type. Tout en laissant derrière elle la triste vérité : cette obsession de l'Homme pour la guerre, omniprésente, tellement persuadé de voir les rapports de domination régir tout contact entre espèces qu'il s'aveugle et perd pied avec le réel, prisonnier de ses propres interprétations.

Je n'ai pas été totalement déçue de Premier contact, mais Villeneuve ne réitère pas l'exploit de Prisoners dans ma tête. Peut-être parce que, malheureusement, son œuvre ne se départ pas de quelques rechutes (les Russes et les Chinois sont forcément les méchants, malgré la jolie pirouette de fin), le général chinois s'appellera forcément SHANG (pourquoi pas Ping, tant qu'on y est ?), et ce que j'appelle le syndrome Interstellar (cette manie de foutre absolument du compliqué, quitte à faire décrocher le spectateur en prolongeant un suspense et un détour de l'intrigue pas forcément nécessaire pour se donner un genre), sabote le dernier tiers du film et empêche ainsi le choc de la révélation de produire l'effet émotionnel voulu. Quant au côté héroïne, donc femme, donc forcément plus adepte à comprendre ce que l'homme trop con ne comprend pas, bon... On a déjà donné.

Premier contact m'a beaucoup rappelé Signes, et ce en bien : les aliens ne sont qu'un prétexte aux quêtes personnelles (foi, cheminement de vie) vécues par les héros de leurs histoires. Louable pour séduire grand public et critiques ciné.
Mais quand pourrons-nous enfin aller voir au cinéma un film où la science-fiction est autre chose qu'un simple prétexte ?

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