Le lexique du temps

Avis sur Premier contact

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Les nouveaux visages du cinéma Hollywoodien se mettent subitement à la science-fiction. Cela devient-il un passage obligé ou est-ce un environnement propice à la création, au développement des thématiques ? Après Midnight Special de Jeff Nichols, c’est Denis Villeneuve qui nous offre sa vision du cinéma de genre. Se pose une question dans l’œuvre de ce dernier : Un cadeau est-il une chance ou un fardeau ? Difficile d’identifier la réelle portée de cette offrande surtout quand l’avenir qui en découle devient plus clair et palpable. Les pièces du puzzle se rassemblent, comme dans le mindfuck qu’était Enemy.

Ce qui était en vrac devient linéaire. Ou alors c’est le contraire : le début et la fin n’ont plus d’emplacement précis. Premier Contact parle de l’incompréhension, et de l’importance du langage. Un mot, un signe et c’est le futur du monde qui vole en éclat. Derrière le naturalisme de notre époque qui cohabite avec des contrées de science-fiction extraterrestre, Premier Contact se veut économe dans ses envolées fantastiques et met l’humain au centre du sujet.

Bien évidemment, l’aspect science-fictionnel est présent d’un point de vue visuel avec ses vaisseaux à la technologie subtile et ses extraterrestres heptapodes géants qui s’expriment par leur tentacule dont l’encre dessine des cercles dont la symbolique fera sens mais Premier Contact est lancinant, casse souvent sa rythmique pour s’appesantir sur la communicabilité entre deux espèces bien distinctes. Malgré l’opposition, la dualité des forces et la différence dans le rapport de grandeur, Premier Contact joue sur la compréhension plutôt que l’affrontement armée.

Même si l’œuvre de Denis Villeneuve contient un contexte politique volcanique qui engrange la peur de l’autre, elle enlace le même chemin de traverse que celui engagé par Sicario : l’humain sort des carcans des institutions à des fins globales mais aussi pour réparer le temps qui s’achemine : où l’individualité de l’humain dessine les contours de sa propre condition. Avec sa construction pyramidale et sa montée en puissance finale, Premier Contact n’est pas éloigné d’une influence qui saute aux yeux : celle du cinéma de Christopher Nolan. Vocabulaire poussé, sérieux omniprésent, explication bavarde, méticulosité intimiste dans l’approche de la science humaine et de ses possibilités mécaniques,

Premier Contact prend le cinéma de genre à contre courant avec sa répétitivité stratifiée et a cette grande qualité de rendre réaliste le spectacle qui s’inscrit devant nos yeux. Mais tout comme Interstellar, Denis Villeneuve lève les yeux au ciel et fait un saut de foi qui pourrait laisser bon nombre de personne sur le carreau. De ce fait une seule phrase réussit à traduire la volonté même du film : la langue que l’on parle nous fait penser différemment. Et Premier Contact est composé d’une seule langue : celle du cinéma, qui nous permet de comprendre l’aboutissement même d’un projet.

Et comme dans le dernier film de Christopher Nolan, la science-fiction prend son envol mais n’est qu’un contexte, un vieux loup de mer qui s’écarte pour laisser place à ce qui fait l’essence même de Premier Contact : le regard d’une femme sur sa vie, qui malgré la révélation d’un tout, décide de rouler sur la même route même si elle connait le déjà chemin. C’est alors de ce final un brin imposant, mais touchant que le film opère sa magie : ce qui compte ce n’est pas la finalité d’une vie mais c’est le plaisir et les écueils du cheminement.

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