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Princess Nicotine

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Pionnier de la stop-motion via The Enchanted Drowing (1900) puis du dessin animé argentique via Humourous Phases of Funny Faces (1906), James Stuart Blackton était un des stakhanovistes des origines du cinéma. Il a laissé d'autres contributions en terme d'effets spéciaux. Parmi elles trône The Smoke Fairy, tourné entre des adaptations de Macbeth, d'Oliver Twist et des Misérables. Aussi appelé Princess Nicotine, elle contient l'une des anecdotes les plus impressionnantes de son temps, avec l'apparition de deux fées minuscules obtenues grâce à un effet de miroir.

Ce trucage saisissant est renforcé par la qualité et l'inventivité des décors. L'esthétique générale est inspirée des performances de Lilian Russell, chanteuse d'opérette et de comédies musicales, alors passée au cinéma et notamment au vaudeville. Cette vision aurait pu se substituer aux décalques de la 'danse serpentine' de Loie Fuller (les Lumière, Dickson/Edison, Alice Guy et d'autres ont livrés leurs versions), mais sa difficulté aura probablement dissuadé. Le brio de ce 'truc' (digne du meilleur de Méliès, pour lequel le terme est fidèle, contrairement à des notions tardives comme 'film' – ou plaquées après-coup comme 'court-métrage') est salué dans un ouvrage d'analyse du cinéma publié en 1912 (Moving Picture, how they are made and worked de Frederick Arthur Ambros Talbot).

Mais Princess Nicotine n'est pas qu'une pièce de collection et la séance est riche au-delà de ses aspects techniques. Ce film de cinq minutes se donne les moyens de sa fantaisie. Le scénario est léger mais insolite, les tours se multiplient, avec des déplacements d'objets grâce à la stop-motion, des manipulations sophistiquées retraçant la décomposition d'une fleur sans rester statique ni linéaire. Cette originalité furieuse en vient à évoquer les éclats de Svankmajer soixante-dix ans plus tard (Obscurité, Weissman) et n'a rien à envier au contemporain Chomon en terme de magie agressive (on retrouve ici la mise en bouteille du Spectre rouge). Enfin ce film est probablement le premier à placer la cigarette au centre sur grand écran. La célébration relève du merveilleux, sa promesse : un état second jubilatoire, où le consommateur halluciné garde le contrôle.

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