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Pendant très longtemps, je me suis refusé à voir les Ghiblis. Peu importe lequel. J'ai été un gamin biberonné aux Disneys et aux Pixar. La culture japonaise sous toute ses formes n'a jamais réussi à pleinement m'attirer. C'est donc à l'approche de mes 19 ans, après plusieurs années, que j'ai décidé de sauter le pas non sans une certaine appréhension. En plus, le film dure 2 heures, soit une demie-heure de plus que la normale pour ce genre de film. En gros, en posant la galette dans le lecteur de disque, inutile de cacher que j'étais pas en joie à l'idée de risquer 2 longues heures devant un film qui allait m'ennuyer plus qu'un lundi matin pluvieux en hiver. Et bah mon cochon, si tu pouvais savoir à quel point je me suis planté. Je vais être direct : ce film est une tuerie, une vraie, un chef d'oeuvre que je considère comme un des meilleurs moment que j'ai pu passé devant un écran.

Autant ne pas perdre plus de temps en introduction et investissons plus en éloge. Ce film est beau. Pas juste beau comme on le dirait de quelque chose qu'on trouverait agréable à l'oeil. Non, ce film est le sens même du beau. Jamais je n'ai autant eu l'impression de dépaysement devant les paysages. La scène où on découvre le Dieu-cerf sous sa forme éthérée avec les Sylvains dans la cime des arbres, les frissons mon dieu. Et cette bande-son, cette bande-son à m'en tirer les larmes à elle seule. Et le fond, sur le cul j'en suis. Outre le fait que le le film évite en grande partie le manichéisme, il traite de bien des sujets, et il le fait bien.

Le plus évident est l'écologie. C'est clairement celui qu'il retransmet le plus en avant entre les nombreux plans de paysages magnifiques en contraste avec les scènes à la Forge qui se passe dans un endroit dévasté. La scène où les sangliers foncent sur les mines est poignante à souhait. Car le film arrive à exposer une morale simple, mais sans la faire paraître trop enfantine en la dosant savamment. Car oui, l'écologie est largement mise en avant, mais jamais la morale n'est directement énoncée, et à part des paysages saccagés, on est épargné de tout le blabla scientifique avec les effets sur la santé, pour notre plus grand bonheur. Le film ne nous demande pas d'arrêter de polluer car c'est mauvais pour nous, il nous demande d'arrêter de polluer car c'est mauvais pour notre monde, c'est bien différent, bien plus touchant et bien plus malin.

Le deuxième point est le message pacifiste du film. C'est là que l'absence de manichéisme est géniale, c'est que toute les factions ont leur bons côtés, mais aussi leurs mauvais qui manque de les détruire tout les deux. Les humains en tuant les animaux ne font qu'attiser leur haines, et la vengeance de ces dernier provoque à son tour la haine des humains. "La haine ne fait qu'engendrer la haine".

Le dernier point, le plus subtilement dit selon moi, concerne la spiritualité. Elle est extrêmement présente dans le film, puisque ce dernier raconte l'histoire qui oppose les hommes à leurs dieux. La spiritualité, présentée comme plutôt faible et décadente dans le film, n'en est pas moins essentielle. Quand Eboshi abat le Dieu-cerf, ce dernier manque de détruire la forêt toute entière et la vie dans ses alentours, et c'est sa "mort" qui permet de mettre fin à ce conflit malgré tout. Ce n'est pas le reniement de la spiritualité qui est dénoncé ici. La spiritualité dans Princesse Mononoké existe. Elle est incontestablement là. Ce que le film dénonce ici c'est davantage l'instrumentalisation de cette dernière, et la perte du respect des hommes envers elle.


Et avec tout ça le film se permet quand même une petite histoire d'amour mignonne comme tout qui arrive à ne pas être invasive, et sert finalement la morale finale que j'ai retenu du film : l'amour. L'amour de son prochain. L'amour du monde qui nous entoure. L'amour plus fort que la haine, qui rassemble et unifie le monde.*

Est-ce que tout est rose pour autant ? Evidemment que non, comme tout, mais ce serait odieux de consacrer un pavé tellement le film contrebalance ces défauts. Il sont au nombre de deux majeurs. Le premier est la violence du film très étrangement présentée. Un film pour enfant ? Peut-être, mais averti. Le film contient son lot d'hectolitre de sang et de membres coupés, qui eux ressemblent paradoxalement plus au découpage d'un saucisson qu'à une vraie amputation. Le film est donc violent, mais assez cartoonesque dans cette cruauté, ce qui donne un résultat bizarre. Le deuxième défaut concerne sa durée. Trop long vous me direz ? Ça aurait pu, un film d'animation dure par habitude 1h30, et 2h c'est souvent trop pour ce que le film veut raconter. Et bien c'est l'inverse en réalité. Le film est bien trop court pour tout ce qu'il veut dire. Il aurait pu durer une bonne demie-heure de plus pour vraiment aller au bout. Il en résulte un rythme un peu bâtard des fois où certaines scènes s'étirent convenablement, mais d'autres semblent terminées trop tôt.

Mais malgré ces défauts, ce princesse Mononoké est un chef d'oeuvre, un incontournable, et peut-être bien le film qui va me faire aimer la culture japonaise. Je ne peux cependant pas m'empêcher avec une boule au coeur de regret : j'aurais voulu être un enfant pour le découvrir. Avoir un regard innocent et jeune, puis redécouvrir ce film plus tard, comme je l'ai fait pour Toy Story ou le Roi et l'Oiseau. J'aurais voulu être un enfant.

Legeno
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