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Printemps tardif par limma

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On retrouve le Japon entre tradition et modernité et la dissolution de la cellule familiale, thème récurrent du réalisateur. Yasujirō Ozu reprend ses acteurs fétiches et la relation père-fille avec ce lien indéfectible propre à une relation fusionnelle mono-parentale.
Printemps Tardif, sera mon coup de cœur pour Ozu. (même si Eté Précoce est une merveille d'humour et de modernité), notamment parce-que les ellipses dont il use, parfois déroutantes, sont moindres ici, parce-que le ton oscille savamment entre légèreté et drame, et parce que le réalisateur va jouer de la complexité pour mettre en valeur le personnage féminin, entre respect des conventions et besoin d'anticipation, ce qui me semble refléter totalement ses préoccupations et cette difficulté à évoluer dans une société en pleine mutation, mais fortement ancrée dans ses traditions.
Noriko (Setsuko Hara), vit chez son père, célibataire et heureuse de l'être. Marquée par les privations de la guerre, elle justifie son refus du mariage par son souhait de rester auprès de son père Shukichi (Chishu Ryu) et de profiter encore de son insouciance. Mais l'intervention de la tante Masa (Haruko Sugimura), l'amie Aya (Yumeji Tsukioka) et son père, tous, n'auront de cesse, sous divers ruses, de lui rappeler sa place dans la société.
Noriko séduit les hommes gentiment, et se moque de son célibat. Son personnage reste pourtant marquée par le poids d'une éducation traditionnelle, voire rigide, mais évoluera au fil de sa propre destinée.
Souvent caractérisée par ses sourires constants, l'actrice démontre plus de subtilité dans son jeu.
Dans La leçon de Piano (de Jane Campion), on retrouve cette impossibilité du langage et de rébellion gestuelle. Dès lors que la fatalité se fait jour, Noriko n'étant pas entendue par son père, son sourire disparaît et ce seront ses silences, imposants, et son regard noir qui suffiront à signifier sa rébellion et à dénoncer toute sa condition de fille et de future femme soumise aux diktats de la société japonaise. Car souvent dans les films de Ozu, le dialogue est à sens unique, il ne sera jamais question de mettre en doute la décision du patriarche.
N'attends pas le bonheur. Construis-le toi-même. Le mariage ce n'est pas le bonheur automatique. C'est créer une vie nouvelle qui amène au bonheur. Le bonheur vient avec l'effort.
Avec cette phrase énoncée par son père, voir le cinéma d'Ozu nécessite de le replacer dans son contexte car la notion patriarcale est forte, et si les préoccupations de liberté et de choix sont évidentes, le devoir familial l'est tout autant. Et parfois on peut s'interroger sur le personnage même du réalisateur.
L'égoïsme d'un père à garder son enfant près de lui est remplacé par ce même égoïsme à lui imposer un mari ; l'homme, comme seul alternative à l'émancipation...

Ce donc sont les conflits de génération, mais aussi l'effort, l'abnégation, et le rapport à la perte, qu'elle soit subjective ou concrète qu'il décline tout au long de sa filmographie. L'ensemble reste sobre, l'émotion plutôt retenue, les gestes rares et les onomatopées à l'envi. Le cinéaste ne se concentrant que sur l'enjeu du moment présent. Un découpage abrupte, des cadrages géométriques mais une beauté rigoriste des plans. Ozu adoucit sa mise en scène et marque régulièrement sa narration par des sortes d'arrêts sur images invitant à regarder et à s'imprégner d'une certaine immuabilité notamment sur le passage du temps. Plans d'objets, d'environnements vides ou d'immobilité de l'homme, plaçant le personnage face à son destin et à sa solitude et rappelle à l'homme qu'il est finalement bien peu de choses.

Avec Harakiri - La condition de l'homme, qui dénonçait à une époque difficile, lui aussi certaines des traditions japonaises, Masaki Kobayashi et Yasujirō Ozu sont à découvrir et apportent un éclairage supplémentaire sur l'histoire de ce pays.

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