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Prometheus par Pierrick Boully

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À voir à la rigueur

Synopsis :
Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.

Bien que Ridley Scott ait dit, en parlant de Prometheus, « que le point de départ de ce projet ait été Alien, le processus créatif a fait évoluer l'ensemble vers une nouvelle mythologie, vers un nouvel univers, plus vaste. Les fans reconnaîtront l'ADN d'Alien, mais les idées développées dans Prometheus sont uniques, vastes et provocantes », pour aborder ce film nous nous devons de parler de la saga Alien.
Le premier film de cette saga est sortit en 1979 sous la barre de Ridley Scott lui-même, c’était alors son deuxième long-métrage et peut-être son plus créatif. L’histoire, mélangeant science-fiction et horreur, a vite conquis les fans grâce a des scènes de tensions efficaces ne nous montrant l’alien (de son vrai nom, Xénomorphe) qu’à la fin du film. Alien se situait en 2122 et nous montrait un groupe de personnes s’arrêtant sur une planète où ils trouvèrent un vaisseau, avec à l’intérieur un cadavre gigantesque - surnommé le « Space Jockey » par les fans apparemment victime d’un de ces Xénomorphes - et surtout les fameux œufs de Xénomorphes.
S’en suivi un Aliens, Alien 3 et le regretté Alien, la résurrection. Aucuns de ses trois films n’est revenu en arrière pour résoudre l’énigme du Space Jockey. Une autre saga a vu le jour, celle des deux Alien vs. Predator, cette fois-ci se passant à notre époque. Nous y apprenions que les Predator avaient amenés des Xénomorphes sur la Terre, il y a bien longtemps, pour chasser sur notre planète. Nous y voyions aussi Peter Weyland, figure emblématique de la saga car c’est sa société qui finance les projets spatiaux, qui dans Alien vs. Predator se faisait tuer. Avec cette dernière saga nous pouvions imaginer que suite à la découverte de ces deux races extra-terrestre, la société de Weyland avait menée divers recherches pour ensuite emmener des personnes les trouver (ce qui nous renvois au premier Alien).
Que nenni ! Car dans Prometheus, Peter Weyland est vivant, en 2089, et bien humain ! Prometheus serait-il alors un reboot de la saga (on oublie toute la saga pour en refaire de nouvelles bases) ? Mais si c’était le cas, pourquoi autant de références à l’univers d’Alien qu’on connait ? Pourquoi raccorder les « 8 » dernières minutes du film à la saga Alien ? Sans oublier que le film part d’un projet de prequel (mode Hollywoodienne consistant à faire un film se passant avant celui qui existe déjà).
Même si le film cherche à se dégager un tantinet de la saga originale (la planète dans Prometheus - LV-223 - n’est pas sensé être celle dans Alien - LV-426 -), le problème de ce film est bien là : Prometheus ressemble trop à un préquel pour être un reboot, et trop à un reboot pour être un prequel.
Il faut l’avouer, Prometheus a des effets spéciaux irréprochables, des décors somptueux, le côté technique de ce film est bien mis en place. Le problème vient de l’aspect créatif, avec un scénario multipliant les incohérences - Weyland est-il mort ou vivant ? – ne sachant pas s’il est un prequel ou non, le scénario est tout simplement à 50% de ses capacités.
Ridley Scott nous avait promis de répondre à nos questions concernant le Space Jockey, appelés dans Prometheus les « Ingénieurs », car ce serait eux qui auraient créent la race humaine. Or non seulement on ressort du film en se posant plus de questions (s’étant complètement perdus dans la chronologie de la saga) mais en plus, Prometheus se termine par une ouverture vers un nouveau film. Nous comprenons alors le réel but de ce film : relancer une saga que les fans aimeraient continuer à voir, mais surtout prendre leur argent. D’où une bande-annonce mensongère (copié sur celle d’Alien) et tout une campagne de promotion pour un film qui n’a rien d’extraordinaire.
Ridley Scott, plutôt que de relancer Alien (c’est quand même lui qui a lancé la saga), l’épuise totalement, reprenant les lignes principales – un groupe de personnes vont sur une planète et se font attaquer par des aliens – mais déshumanise le tout. Les décors, très bien conçus, ne raccordent pourtant pas du tout avec la technologie du premier Alien (même problème pour la prélogie de Star Wars), mettant en œuvre une technologie bien plus avancée alors que Prometheus se passe 33 ans avant Alien.
Alors que dans le premier Alien le groupe de personnes avait était réduit pour pouvoir développer chaque personnalités, dans Prometheus seuls 5 personnes sont réellement présentent, accompagnés de pures inconnus. Et ces 5 personnes, incarnées par de très bons acteurs, ne sont que des stéréotypes d’Alien. Le seul à avoir réussi à s’en dégager est Michael Fassbender, tout simplement génial dans son rôle de cyborg David, incarnant à la fois un génie suprême mais aussi un esclave à la botte des humains, il montre une réelle recherche sur son personnage. Quand à Charlize Theron, en plus d’avoir une voix française ignoble, elle joue le rôle de meuble pendant 2h.
Quand aux extra-terrestres, ils ne passent qu’au second plan du film, alors qu’ils devraient être la menace permanente, tapie dans l’ombre. Ridley Scott a pris à contre-point Alien en nous montrant dès la première scène un Ingénieur, il est vrai que l’effet sensé produire n’est pas le même : un Xénomorphe est effrayant, ici les Ingénieurs sont sensés être ceux qui nous ont crées : ils sont donc sensés être des Dieux. Or, dès cette même première scène, nous voyons cet Ingénieur mourir ! L’effet est raté, nous savons qu’ils sont mortels, rien de plus, et de ce fait nous ne croyons qu’avec peine à l’idolâtration que leur porte Elizabeth Shaw (Noomi Rapace).
Quand aux autres extra-terrestres du film, eux aussi ne sont pas franchement intéressants. Ridley Scott va même jusqu’à réutiliser un concept art du premier Alien dans Prometheus avec l’espèce de pieuvre extra-terrestre. En effet, ce concept était apparu en 1979 mais fut remplacer par le Facehugger culte que l’on connait, « l’araignée » qui pond les œufs dans la bouche des humains, à l’époque il trouvé le concept de la pieuvre complètement ridicule. Ceci nous montre à quel point ce réalisateur n’a plus aucune originalité, au point de reprendre une idée qu’il a lui-même détesté.

Ridley Scott nous montre avec Prometheus qu’il n’a plus aucune ambition en revenant sur une des saga culte du cinéma américain. Entre Alien et Prometheus il est devenu un réalisateur sans aucune originalité, ne donnant plus aucune âme dans son travail. Il est passé du stade de vrai cinéaste à celui de simple réalisateur.

Pierrick Boully.

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