La colère de Jojo

Avis sur Prometheus

Avatar HenriQuatre
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Riton avait reçu la lettre dans le courrier du matin et celle-ci ne lassait pas de l'étonner. En effet, Jojo n'était pas du genre écrivain. Pourtant c'était bien son ami de toujours qui avait pris un stylo, un papier (une denrée rare) et qui avait rédigé ces quelques phrases qui commençaient en ces termes :

Mon très cher Riton,

Tu seras sans doute surpris de recevoir cette lettre de ma part. Elle te parviendra sans doute plus tard que je ne l'aurais voulu car pour t'avouer la vérité, j'avais totalement oublié d'y apposer un timbre, tellement la pratique de l'envoi par courrier m'était étrangère. Sache, en tout cas, qu'elle témoigne de l'importance des mots qui vont suivre et qu'elle doit te conforter dans mon sentiment immense de frustration.

Riton, mon ami, mon frère, elle concerne le film Prometheus. Je sais que tu es un grand fan de la saga Alien et que tu te pourlèchais d'avance les babines à l'idée d'aller voir cette préquelle, ou spin-off, ou séquelle (enfin, bref, on ne sait plus trop) mais voilà... J'ai honte de l'avouer, j'y suis allé sans toi. Ceci pour tâter le terrain, prendre des notes, avec le but de te mettre ensuite dans les meilleures conditions lorsque nous irons ensemble nous immerger dans cet univers de science-fiction horrifique que nous aimons tant.

Riton, je suis désolé, je ne retournerai pas voir cette purge. SI tu ne souhaites pas te gâcher la surprise, peut-être ne devrais-tu pas lire les lignes suivantes mais je t'en conjure, mon ami, réfléchis bien avant de dépenser tes deniers si dûrement gagnés.

Ce film réussit un exploit rare : dégager une déjection à la sonorité si comique, si audacieuse dans sa totale non-cohérence et si ridicule dans son arrogance que l'on ne peut qu'exploser de rire.
Riton, j'ai gloussé d'horreur devant les répliques des scientifiques dignes d'un cours de CP (qui sont censés être des scientifiques émérites, la fine fleur de la Terre) !
J'ai roulé des yeux exhorbités face aux réactions des personnages qui se mettent tout d'un coup tous à paniquer à la vue d'un seul cadavre (rappelons qu'ils sont tous embarqués dans une mission au fin fond de l'espace pour découvrir l'origine de toute chose, il y'a donc de fortes chances que le voyage ne soit pas une simple promenade dominicale).
J'ai presque hurler en regardant les scènes à l'intérieur du vaisseau où tout le monde faisait plein de trucs complètement incohérents dans son coin et où personne ne semblait s'intéresser à ce que trafiquait son voisin de cabine.

Tu me diras, Riton, avec ta sagesse légendaire, que tout ceci n'est que détail "technique", problème de "cohérence", qui peuvent tout à fait cohabiter avec une magie des images ou de la pensée.
Ce serait te tromper lourdement dans le cas de Prometheus. Car, ce qui m'a le plus enragé, c'est l'absence, justement, de toute forme de poésie. Dans Alien, il y'avait l'équipage qui se réveillait dans une chambre immaculée de blanc, telle une naissance. Il y'avait ce vaisseau, plein d'orifices, de sous-entendus sexuels, il y'avait cette réflexion freudienne sous-jacente. Il y'avait la peur aussi, la technique du survival-horror à son paroxysme. Il y'avait la beauté glaçante de la planète où l'on découvre les oeufs.
Dans Prometheus, il n'y a rien Riton ! Je ne demandais pas un remake d'Alien. Au contraire ! Mais j'étais en droit d'exiger la découverte d'un nouveau monde ! Et qu'est-ce que j'ai eu ? Juste des images, parfois laides, qui s'enchaînent sans grâce, sans fluidité, sans niveaux de lecture. Tout est numérique, superficiel, léché comme un jeux vidéo, sans substance, chair, désincarné.

Je sais le respect que tu attaches au réalisateur mais je te le dis franchement, Riton : je jette des cailloux sur Ridley Scott pour son marketing odieux du film, son utilisation horripilante du succès d'Alien pour en faire la pub et sa paresse dans l'histoire qui n'a ni queue ni tête.

C'est un jour triste, Riton. Mais j'espère que nous nous en relèverons et que nous ne perdrons pas foi en cet art que nous aimons tant, le cinéma.

Ton ami qui pleure ,
Jojo

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