L'île des enfants perdus

Avis sur Psiconautas

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Encore aujourd'hui, les films d'animation sont majoritairement considérés comme adaptés à un jeune public, notamment à cause des entreprises qui règnent en maître dans le domaine, Disney et Pixar. Cependant, cela n'empêche pas certains créateurs de se lancer dans des projets indiqués pour une audience plus adulte. Certains des exemples les plus reconnus sont Perfect Blue, de Satoshi Kon, qui traite de la schizophrénie et des conséquences de la célébrité à travers un thriller horrifique, Le Magasin des suicides, de Patrice Leconte, ou encore Akira de Katsuhiro Ôtomo, grand classique de l'animation japonaise. Si ces films ont tendance à ne pas recevoir énormément de succès à leurs débuts, cela ne les empêche pas d'être élevés au rang de perles méconnues au sein de la communauté cinématographique, à la manière du sujet d'aujourd'hui, le long-métrage Psiconautas.

Psiconautas, los ninos olvidados (« les enfants oubliés ») est donc un film d'animation dramatique réalisé par Alberto Vàzquez et Pedro Rivero sorti le 24 mai 2017. Le long-métrage suit l'histoire de plusieurs animaux anthropomorphes souhaitant s'exiler d'une île ravagée par une catastrophe écologique. En parallèle, un mystérieux oiseau appelé Birdboy combat ses démons intérieurs, espérant pouvoir rejoindre le groupe de fugitifs à temps.

Dès la scène d'introduction du film, il est possible de se rendre compte d'une chose : Psiconautas n'est clairement pas adapté aux jeunes enfants. En effet, malgré l'apparence mignonne des personnages principaux, le film est violent, brutal, malsain, et on se rapproche presque d'un film d'horreur à certains passages, même s'il n'est pas dénué de moments calmes, voire relaxants. Ce changement d'ambiance se traduit en général par une modification des couleurs utilisées. Ainsi, les scènes horrifiques sont accompagnées d'une palette teintée de rouge et de noir, tandis que la colorimétrie des instants calmes tourne plutôt autour du vert et du bleu. Au-delà de ses couleurs utilisées à la perfection, puisqu'elles servent au propos écologique du film, Psiconautas regorge d'inventivité visuelle, que ce soit dans sa mise en scène ou bien par sa direction artistique globale, qui peut rappeler à certains moments l'univers d'Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll. Visuellement, les passages les plus marquants sont, à mon sens, celui de la découverte de l'arbre et ceux qui traitent les tourments intérieurs de Birdboy.

Au niveau de l'histoire, le film reste assez simple, mais peut se révéler peu compréhensible, étant donné qu'il est à la limite du surréalisme par instants. La narration décousue n'y aide pas vraiment, puisque le film use de deux intrigues parallèles, ainsi que de sous-intrigues. Ces intrigues sont malgré tout bien menées, les personnages sont attachants (en particulier Birdboy), les scènes sont marquantes et la conclusion est dure, mais totalement en accord avec le ton général du film. En plus du dénouement, je retiendrai la scène de combat entre les deux rats, qui est une scène extrêmement forte en émotions, et probablement la plus violente du film. Quant à la bande-son, composée par Arànzazu Calleja, elle accompagne merveilleusement bien le film, bien qu'elle soit au final assez peu marquante.

Le dernier point que je voudrais aborder, et non des moindres, est la symbolique globale du long-métrage. Le thème central est, comme dit précédemment, l'écologie, et le film l'aborde en utilisant l'île post-apocalyptique et ses habitants pour représenter notre monde et ce que l'on en fait. Les personnages, notamment les parents des protagonistes, sont des caricatures de la bêtise dont l'humanité peut faire preuve, et les scènes brutales ne sont pas sans rappeler les conflits qui ravagent notre planète quotidiennement. Le film aborde aussi le thème de l'addiction au travers du personnage du Birdboy, dont les démons font surface lorsqu'il est en manque de cigarettes. L'adolescence est aussi une idée centrale du long-métrage, présentant des jeunes animaux se rebellant contre leurs parents et qui apprennent à vivre en autonomie. Au-delà de ces thématiques récurrentes au sein de l'oeuvre, Psiconautas regorge de métaphores et de symboliques qui ponctuent l'histoire, tout en restant relativement accessible à tous.

En conclusion, Psiconautas est un film fort et marquant par sa brutalité (parfois implicite) et son propos global. En plus d'un travail visuel remarquable, les réalisateurs ont insufflé au long-métrage une singularité sans pareille, faisant de lui une œuvre unique et personnelle. Pour ceux qui chercheraient un film avec le même propos, je recommanderai l'Île aux chiens de Wes Anderson, qui traite de la même thématique d'une façon bien différente. Je vous conseille aussi de vous intéresser au court-métrage Decorado et au film Unicorn Wars (même s'il ne sortira pas avant longtemps), tous deux d'Alberto Vàzquez.

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