Paradoxalement réaliste

Avis sur Pulp Fiction

Avatar Riandhel Wera
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Comme Whiplash, Pulp Fiction fait partie de ces excellents films qui ont l'air inintéressants quand on les résume : les péripéties d'un duo de tueur à gages et de leur boss. Et, effectivement, le talent de Pulp Fiction n'est pas dans son concept, mais dans sa structure circulaire, son esthétique et ses apparentes digressions.

Pulp Fiction se caractérise d'abord par ses dialogues inutiles à la compréhension de l'intrigue. Ces dialogues portent sur des sujets n'ayant rien à voir avec l'action en cours. Alors qu'ils sont dans le couloir menant à l'appartement des gens qu'ils sont sur le point de tuer, Vincent et son partner in crime Jules ont un débat sur la (non-)signification érotique d'un massage des pieds. Plus loin, ils auront même un débat théologique, a priori inattendu de la part de mafieux tournant à l'héroïne. De même, on rit de Tarantino qui veut, avec sincérité semble-t-il, être un mari idéal mais qui aide ses amis à dissimuler un cadavre. Enfin, en termes de surprise, la palme revient à la discussion sur la qualité du café alors que le temps presse, aussi bien vis-à-vis du retour de Bonnie que d'un éventuel contrôle de police.

Les moments de l'intrigue sont présentés dans le désordre, avec un seul flashback (c'est-à-dire une seule scène qui se déroule beaucoup plus tôt que toutes les autres). Cette structure contribue au rocambolesque de l'action, et évite de nous focaliser sur l'intrigue elle-même, qui n'est clairement pas le cœur de Pulp Fiction.

Toute la force de Pulp Fiction est que ces éléments a priori superflus voire incohérents donnent tout leur réalisme au film. Vincent s'avère intelligent et cultivé (Mia est impressionnée par la connaissance qu'a Vincent des actrices des années 50) mais incapable de ne pas abattre un camarade par inadvertance ; leur boss, présenté comme un gros dur précautionneux dont le visage même semble être secret, subit la pire humiliation, et sans doute aussi le pire traumatisme, imaginables ; Butch, qui a pourtant tué un homme (on note au passage la fascination malsaine de sa chauffeuse de taxi pour lui à cet égard), pète un câble en apprenant que sa copine a oublié de prendre sa montre.

L'esthétique et les personnages enfin. Le côté passif et rationnel de Vincent contraste avec le côté plus mystique de Jules. Le visage globalement très fermé de Vincent contraste aussi avec les moments où celui-ci s'illumine. Les plans sont globalement serrés et laissent peu de places aux décors, qui là aussi ne sont pas le cœur du sujet.

Oeuvre magistrale parce que, précisément, difficile à résumer et ranger dans une case, Pulp Fiction donne toute sa densité à ses personnages et tout son réalisme à son intrigue en plongeant dans ce qui a l'apparence du superflu.

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