Une nécessite pour les femmes !

Avis sur Pupille

Avatar Aymeric de Tarlé
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Jeanne Herry retrouve l’actrice Sandrine Kiberlain dans Pupille, après Elle l’adore quatre ans plus tôt. Quittant la comédie pour s’attaquer au drame, la cinéaste signe un film plein de volupté et d’engagement politique.

La naissance de la vie
Fille de Miou Miou et de Julien Clerc, la cinéaste connaît la vie de famille atypique. Dans un univers médical très aseptisée allant du bleu clair au gris, les premières images nous heurtent frontalement. Des plans rapprochés sur la douleur de l’accouchement contrastent avec le calme et la quiétude de l’arrivée de l’assistante sociale Irène - par ailleurs joué par Miou Miou - dans la chambre. Jeanne Herry a eu l’intelligence scénaristique de présenter chez la jeune mère une gradation dans les sentiments qu’elle va éprouver pour son enfant né sous X. Au départ on la sent restreinte, presque interdite, refusant catégoriquement à voir son fils biologique. Sa voix et son visages demeuraient fermés. Progressivement, Irène va ouvrir la jeune femme à l’instinct maternelle. Par une multiplicité de plans fixes et par une direction d’acteur inédite - faire jouer la maternité à sa propre mère - le personnage de l’assistante sociale, équilibré mais pas inerte, protectrice mais pas envahissante, va jouer un rôle parfois agaçant mais nécessaire dans le développement moral du nouveau né. Elle est la première garante morale de la pupille et précède Jean (Giles Lellouche) et Alice (Elodie Bouchez). Comme retenu en haleine par la question de la garde de l’enfant, Pupille présente plus largement tous les aspects d’une naissance sous X, aux yeux de la loi, du centre d’assistance sociale et de la future mère. Des questions qui, quand elles ne sont pas sans réponses, restent toujours très difficile à trancher.

Une dimension politique
Le prisme philosophique pris par Jeanne Herry nous propose un un regard singulier de l’adoption. En France, le nombre d’enfants orphelins s’élève à plus de 600 000, et le réalisme frappant du film nous fait comprendre pourquoi. Plus de réticence que de confiance, d’avantage de mise en garde que d’encouragement. La séquence où Lydia (Olivia Côte) enchaîne face à Alice série de questions factuelles et non pertinentes sur les situations que peuvent présenter l’adoption montre à quel point il est difficile de pouvoir adopter. Le montage très agressif, composé de beaucoup de coupes et rappelant sans doute le dialogue entre Jean Belmondo et Jean Seberg dans A bout de souffle de Godard exprime une facette peu connu : la remise en cause perpétuelle des capacités à élever un enfant adopté, même pupille. La complexité de l’adoption appuyé par un principe de précaution sans doute trop excessif décourage l’envie de s’occuper d’un enfant. Le ton de l’assistante est conventionnel, trop détaché de l’humain, mais sans doute nécessaire quant à la sureté à venir de l’enfant. Le second aspect politique est le choix final pour garder l’enfant qui se porte sur une mère célibataire, Alice . Les débats sur la biothétique arrivant au deuxième - second ? - printemps de la macronie, ce long métrage est l’exemple par la fiction que le désir d’un enfant seul n’est pas un caprice mais une nécessité pour certaines femmes. Clin d’oeil à la PMA pour toutes les femmes.

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