Pusher II, une suite ?

Avis sur Pusher II : Du sang sur les mains

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Après une période de flottement, Nicolas Winding Refn revient sur son premier long métrage Pusher pour réaliser la suite d'un engrenage de violence crue, d'overdoses et de relations toxiques. Alors qu'il restait comme une esquisse en suspend dans Pusher, le retour de Tonny, personnage hypnotisant, insuffle un sentiment d'excitation dès les premières images du film. Mais s'agit-il vraiment d'une suite ? Le style de Refn pour Pusher II est à première vu la continuité du premier : l' « authenticité » revendiquée par le réalisateur est tout aussi poignante mais Pusher II ouvre un nouvel horizon esthétique à travers le renouvellement des formes et des techniques de mises en scène. Le film apparaît sous les premiers signes d'un cinéma plus pop et annonce déjà les prochains films du jeune réalisateur. Après le portrait de Frank, le cinéaste danois ausculte cette fois-ci Tonny. Ce jeune délinquant mal-aimé par son entourage, cherche à se racheter pour sauver son honneur perdu entre la prison et l'humiliation subie par son père. Ce dernier règne sous le nom de « Duc », sur un monde brutal régi par l'argent et la justice vengeresse. Pour se faire lui-même un nom, Tonny cherche à imiter cette figure autoritaire, mais sa maladresse ne fait que multiplier les déceptions du père. À quel modèle doit-il se raccrocher lorsqu'il apprend qu'il est désormais père d'un petit garçon ? Sa vie semble défiler devant ses yeux sans qu'il n'est d'emprise sur elle. Ses pulsions sont les moteurs de ses actes qu'il ne fait que regretter amèrement en subissant les conséquences désastreuses qu'ils engendrent : la prison, la charge de son fils et de la mère, le père qui manque de le tuer à mainte reprises, les dettes et encore les dettes. L'argent et la coke sont les nerfs de la tension qui se joue dans le film et soumettent les personnages devenus pantins. Le Duc lui-même est un des pions du jeu : il demande à son propre fils de rembourser les dettes de « Kurt-le-con » avec qui Tonny s'était associé, sinon il en coûtera de sa vie. Celle-ci qui ne tient déjà qu'à un fil, est sans-cesse bouleversée par les évènements. Dernière sa carrure imposante et son regard fier, Tonny lutte contre sa sensibilité que la caméra de Refn vient scruter et dévoiler. Alors que pour Pusher Refn se limite à montrer la frénésie d'un homme violent et indomptable, Pusher II est travaillé par le prisme du tiraillement entre ce que Tonny aspire à devenir et ce qu'il reste aux yeux de ses proches. Les choix esthétiques trouvés pour mettre en lumière ce personnage tragique marquent une rupture avec le premier film de la trilogie Pusher. Refn est déjà plus à l'aise avec la caméra et s'autorise des effets de travelling circulaires qui dynamisent l'écran jusqu'à donner le tournis. Tournis qui est la matrice de Pusher II tant les engrenages ne semblent jamais s'arrêter et propulsent le spectateur dans un film haletant. Néanmoins, Refn tempère cette fois ci l'enchaînement de l'action et laisse aux spectateurs le temps de contempler la nouvelle maîtrise de la mise en scène à travers des jeux de lumière qui rappellent l'univers lynchien. On pense instantanément au rouge vif du club pour le mariage de son ami Ø, rouge qui revient dans la salle confinée de deux prostituées. Cette couleur obsessionnelle du sang sera d'ailleurs dans Only god forgivesune véritable marque de reconnaissance. De même, la musique électro, futur symbole de Refn, se fait davantage entendre dansPusher IIet canalise l'énergie du film en rythmant les corps qui se battent, les voitures qui se déchaînent et les rails de coke qui s'enchaînent. Petit bémol : le trop plein de coke pousse le spectateur lui-même à l'overdose et décrédibilise légèrement le film.

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