Des retrouvailles sympathiques mais fainéantes

Avis sur Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ?

Avatar Sébastien Decocq
Critique publiée par le

Il aura fallu cinq ans pour que Philippe de Chauveron daigne donner une suite à Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?. Cinq ans pour réunir à nouveau la famille Verneuil et nous embarquer dans une nouvelle comédie populaire un brin sympathique, avec comme point thématique le racisme (incluant situations et répliques amusantes pour dénoncer son sujet). Mais durant ces cinq années à préparer ces retrouvailles, le réalisateur s’est également attelé à deux autres projets, qui n’ont par contre pas fait l’unanimité auprès du public. Entre un Débarquement immédiat ! passé inaperçu et un À bras ouverts assassiné par les critiques de tout genre, en passant par l’écriture avec le très anecdotique Père fils thérapie !, on était en droit de se dire que le succès surprise de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? n’était qu’un véritable coup de chance. Surtout à la vue du reste de la filmographie du cinéaste, que ce soit derrière la caméra ou bien au scénario (La Beuze, L’amour aux trousses, Neuilly sa mère !, L’élève Ducobu et sa suite, Les Seigneurs). L’année 2019 est arrivée, et Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? confirme que son prédécesseur n’était qu’une exception.

Car s’il n’était pas des plus exceptionnels – et loin de là, n’exagérons rien ! –, le premier volet avait de sympathique ses personnages hauts en couleurs mais surtout son postulat (une famille bourgeoise et « vieille France » qui voit ses quatre filles mariées à des hommes d’origines étrangères) et son humour pas toujours fin mais parfois bien corrosif. Le problème est que le film se terminait sur une bonne fin (le rapprochement de tous les membres de la famille lors d’un mariage, mettant fin aux idées racistes), nous demandant pour le coup ce que pouvait bien apporter une suite. Et autant dire que si Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? a mis cinq ans à se faire, ce n’est pas forcément pour réunir à nouveau le casting ni pour trouver une bonne idée afin de relancer la machine. Mais plutôt pour montrer à quel point Philippe de Chauveron et son coscénariste Guy Laurent ont ramé pour surfer sur leur succès et faire plaisir aux fans. Et dès les premières minutes, on sent d’emblée que cette suite n’aura pas le charme de son aîné. Que l’ensemble sent le forcé à plein nez.

Ce constat, il provient du gros défaut d’écriture de ce second épisode : les fils conducteurs du script. Oui, « les » ! Alors que le premier long-métrage, comme tout bon film simple qui se respecte, ne se contentait que d’un seul (le mariage entre Laure et Charles), sa suite se montre un brin gourmande en présentant plusieurs intrigues principales : le mariage lesbien de la fille Koffi, la naissance de l’enfant de Laure et Charles, et le fait que les gendres veuillent quitter la France avec leur épouse respectif. Trois grosses intrigues sur le papier qui, finalement, ne servent que de prétextes à un enchaînement de blagues beaucoup trop gentillettes pour nous faire éclater de rire. La première n’étant là que pour finir le film par un mariage et faire un parallèle entre les familles Verneuil et Koffi (allant jusqu’à reprendre à la réplique près la séquence de la rencontre du gendre). La seconde tentant de pointer du doigt des questions politiques et sociétales sur la France actuelle, notamment sur le fait qu’il y ait de moins en moins de travail en Province. Mais se perdant malheureusement dans des situations comiques téléphonées et répétitives, préférant se concentrer sur son quatuor de gendres plutôt que sur les messages qu’elle voudrait faire passer. Et la troisième, qui aurait pu se présenter comme l’occasion à la famille, dispersée par les tourments cités plus hauts, se réunissent à nouveau (la naissance d’un enfant ayant toujours cette symbolique), n’est finalement que secondaire et ne sert qu’à une blague passable (la couleur de peau du bébé). Sans oublier quelques incohérences au premier film, témoignant du manque d’évolution de la plupart des protagonistes (le personnage de Christian Clavier toujours aussi raciste, voire pire, alors que le mariage de sa fille Laure semblait l’avoir enfin vacciné contre ça), et un côté vraiment fourre-tout dans les gags, et vous obtenez une suite partant dans tous les sens possibles. Faisant le strict minimum pour satisfaire le spectateur, quitte à perdre en humour corrosif et surtout l’effet de surprise du premier film.

Après, il faut quand même avouer que je n’ai pas boudé mon plaisir avec cette suite. À défaut d’avoir ri, j’ai souri. Et de la part d’une comédie française, surtout à une époque où on enchaîne des titres dont j’aimerais taire le nom (Les nouvelles aventures d’Aladin, Taxi 5, Bad Buzz, Les Profs…), c’est plutôt rare. Mais ce contentement, je dois surtout au fait d’avoir retrouvé ces personnages hauts en couleurs (même les secondaires, comme le curé) et acteurs qui s’amusent comme des petits fous. Cela, nous ne pouvons pas le leur retirer : leur joie de s’être réunis à nouveau est vraiment communicative et il la partage avec entrain. Même si j’émets toujours des réserves envers Ary Abittan, comédien avec lequel je n’y arrive décidément pas, étant toujours dans le surjeu, mais le surjeu agaçant et insupportable (la séquence où il explique le terme « rebondir » fait tout simplement peine à voir).

Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? est une comédie regardable, qui fera passer un bon moment le temps de son visionnage. Mais elle souffre du syndrôme de la suite fainéante et inutile qui fait perdre le charme qu’avait le premier opus, faisant d’elle un film forcé et fourre-tout. Mais qu’à cela ne tienne : étant donné l’aura de son prédécesseur, il est fort probable que cette séquelle fasse aussi bien que son aîné question succès. Est-ce une bonne chose pour autant ? Pas si sûr, car nous pourrions avoir droit à une nouvelle suite qui montrerait à quel point l'entreprise tourne en rond, n'ayant que l'appât du gain comme motivation. Et que la comédie française actuelle aura toujours comme références des titres franchement discutables.

Critique sur le site https://lecinedeseb.blogspot.com/2019/02/quest-ce-quon-encore-fait-au-bon-dieu.html

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 516 fois
3 apprécient

Sébastien Decocq a ajouté ce film à 8 listes Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ?

Autres actions de Sébastien Decocq Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ?