Emportée par la foule

Avis sur Quand passent les cigognes

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C’est encore une histoire d’amour, une histoire d’amour que la guerre vient mettre à l’épreuve, engloutir et faucher en vol, ou plutôt dans la boue. Veronika et Boris s’aiment à la folie, ils vont se marier, c’est sûr, il l’appelle mon écureuil, elle ne pense qu’à lui, tout le temps. C’est d’un romantisme suranné et exalté comme on n’en fait plus, un romantisme à coups de regards éperdument énamourés, de lèvres tremblantes et d’embrasse-moi chuchoté dans une zébrure d’ombre et de lumière. Et puis Boris part au front contre les Allemands. Veronika, elle, se morfond, perd sa famille, n’a plus de nouvelles de Boris et cède, résignée, aux avances assidues de Mark, le cousin de Boris, un planqué.

C’est encore une histoire d’amour, mais que Mikhaïl Kalatozov transcende par une spectaculaire mise en scène (le film doit également beaucoup aux éclairages expressifs de Sergueï Ouroussevski qui récidivera dans La lettre inachevée et Soy Cuba) réputée pour ses prouesses techniques qui, à l’époque (1957), en surprirent et en éblouirent plus d’un : travelling ascendant et tournant sur lui-même, effets stylistiques singuliers, grands mouvements de caméra avec foule immense… Sans oublier l’incroyable scène dans l’appartement lors d’un bombardement qui non seulement impressionne d’un point de vue technique, mais impressionne aussi sur le plan émotionnel, Veronika rejetant obstinément, comme une sorte de litanie, les élans amoureux de Mark alors que tout s’écroule autour d’eux.

C’est que le film s’emploie davantage à se servir du contexte de la guerre (dont on ne verra pas grand-chose, sinon les conséquences directes sur le quotidien de Veronika) pour, tout en dénonçant ses grands ravages et ses petites lâchetés, évoquer les tourments existentiels et amoureux de Veronika. Kalatozov et son scénariste Viktor Rozov s’éloignent ainsi des carcans propagandistes de l’époque (fini le peuple et la communauté) pour revenir à l’individu (Veronika) et son entièreté. Et si la fin un rien patriotique la voit préférer (concéder ?) au deuil l’inclusion, le fusionnement même, à un tout (cette masse en liesse célébrant la paix et ses soldats, de retour ou morts au combat), Kalatozov aura su juste avant, dans un dernier élan follement lyrique, nous bouleverser quand Veronika, en larmes et serrant contre elle un bouquet de fleurs, fend la foule à n’en plus finir à la recherche de Boris, qu’elle ne trouvera jamais.

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