Le conte d'Hoffman

Avis sur Quartet

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Inspiré au dramaturge et scénariste Ron Harwood par le documentaire Le Baiser de Tosca, Quartet est un film sensible et humain. Il se déroule au sein d'une maison de repos pour musiciens ou chanteurs d'opéra en Angleterre, qui accueille des artistes retraités mais toujours passionnés n'ayant plus les moyens de payer leur loyer ou les charges de la vie de tous les jours, sur le modèle de la Casa Verdi de Milan. Nous nous retrouvons donc plongés au milieu d'artistes dont le coeur brûle toujours pour la musique d'opéra, chantant ou jouant les airs qui ont fait leur gloire par le passé.

L'idée de génie de Dustin Hoffman a été de contacter de véritables artistes anglais ayant joué de nombreux classiques et ayant connu un vaste succès en leur temps. Les pensionnaires de cette superbe maison de repos n'ont d'ailleurs pas à rougir de leurs capacités actuelles, que nous découvrons au cours du film, l'intrigue principale étant la mise en place d'un gala en l'honneur de Verdi le jour de son anniversaire. À leurs côtés, les quatre comédiens principaux, tous impec', incarnent d'anciennes vedettes dont les carrières ont atteint l'apogée lors d'un quartet du Rigoletto de Verdi. Mais alors qu'ils doivent apprendre à vivre ensemble, les obstacles que la vie a mis en travers de leurs chemins - la maladie, la rancoeur, l'ombre écrasante de ce qu'ils étaient - se font plus sentir que jamais et c'est dans ces moments que le film touche un point sensible avec beaucoup de justesse. Vieillir n'est sûrement agréable pour personne, faire le deuil de ce qu'on était et ce qu'on était capable de faire est sûrement difficile, mais la peur de montrer en public que l'on n'est plus celui ou celle qui a été adulé trente ans plus tôt peut ronger et brider ces artistes. Cette peur est parfaitement incarnée par le personnage de Maggie Smith (qui garde ici quelques "Downton habits"), tandis que, pour le personnage de Tom Courtenay, le poids du passé se traduit davantage par une difficulté à gérer ses émotions et ses erreurs.

Mais en aucun cas la vieillesse apparaît comme une punition ou un palier entre la vie et la mort. En nous montrant des personnes actives, talentueuses, passionnées, Dustin Hoffman nous démontre par A+B que l'on peut continuer à vivre et à se dépasser malgré l'âge. Cependant, les dangers ne sont pas minimisés et aucun personnage n'est à l'abri de voir son corps et/ou son esprit perdre en vivacité (la bouleversante Pauline Collins en est la preuve). Le film alterne donc avec aisance des moments très drôles et d'autres très touchants, mais toujours avec cette distance et cette élégance so british.

Le film n'est cependant pas parfait. Déjà par le choix des têtes d'affiche, que l'on présente comme de grandes stars d'opéra mais dont le numéro final, ce vers quoi tout le film converge pendant une heure et demi, est éludé de manière peu habile. Mais la joie de vivre des pensionnaires, les regards perdus de Maggie Smith et la beauté de certaines scènes (comme cette conférence donnée par un personnage à des adolescents qui finit en affrontement pacifique opéra / rap) font de cette première réalisation une jolie réussite.

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