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Quartet par Gérard Rocher

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En Angleterre la maison de retraite de Beecham House est située en pleine campagne dans un endroit fort paisible et verdoyant. Tout y est assez luxueux pour l'accueil des personnes âgées qui toute leur vie se sont investies dans le chant et la musique classique le plus souvent. Malheureusement cet établissement n'a plus beaucoup de temps à vivre car les moyens se réduisent comme peau de chagrin et le dépôt de bilan semble possible. Une nouvelle pensionnaire est annoncée mais son nom est tenu secret et pour cause: Jean Horton, l'une des plus grandes chanteuses lyriques maintenant à la retraite, fait son apparition. Le désarroi est terrible pour trois de ses anciens partenaires que sont Reginald, Wilfred et Cissy car ensembles ils ont partagé de grands moments sur les planches des plus grandes scènes internationales. Jean n'est pas une personne facile et c'est une "Tatie Danièle" que vont devoir supporter les résidents et le personnel de l'honorable établissement. Reginald qui s'était brièvement marié avec la diva ne supporte pas plus que ses anciens partenaires cette apparition responsable de la dislocation de leur fameux quartet. Malgré tout la survie de l'établissement ne tient qu'à la réconciliation de ces quatre anciens artistes prodigieux afin d'attirer la foule et les fonds à l'occasion du grand gala annuel dont Verdi sera à l'honneur.

Bien sûr les doigts sont tremblotants, les jambes ne fonctionnent plus comme avant, on regrette les triomphes et la prestance du passé. Les cannes et les chaises roulantes sont à présent des ustensiles bien utiles pour ces artistes installés dans leurs rêves passés. On refait le monde mais on se remet surtout à la musique qui reste la passion de ces résidents. La vie paraît chatoyante dans ce monde de célébrités mais en fait elle est aussi très compliquée car chacun à son caractère bien affirmé et si un quartet fut décapité la cause en était revenu à Jean, cette cantatrice exigeante autant pour elle que pour les autres. Ses caprices répétés de star, sa personnalité hautaine abrégèrent la vie de ce petit groupe tout comme son bref mariage avec Reginald. Malgré tout cela, ces gloires du passé vont pouvoir revivre l'espace d'une soirée leur passion à travers ce gala. Chacun se mobilise, chacun prend son rôle très au sérieux. Malgré les aléas de la vieillesse, tout le monde est persuadé que le spectacle sera beau car tous y auront mis leurs forces, leur talent et leur cœur. Mais Jean est là maintenant. La dame n'a pas changé au niveau du caractère et l'ambiance s'en ressent. Reginald vit cet évènement comme une torture, les démons du passé ressurgissent au plus profond de son être. L'idéal serait de reconstituer le quartet qui faisait le bonheur des mélomanes mais Reginald ne peut supporter l'idée même de chanter avec Jean. Il faudra peut être faire preuve de beaucoup d'efforts et de persuasion pour que le quartet fasse vibrer une salle Il faudra aussi que chacun, malgré les bobos dus à l'âge, se persuade que le talent, la voix et la dextérité ont traversé les années. Et puis leur résidence est en danger, il ne tient qu'à eux de poursuivre une existence aussi paisible que possible dans ce lieu idyllique entre gens de bonne compagnie.

Pour sa première réalisation, Dustin Hoffman a choisi d'adapter une pièce de Ronald Harwood qui est un auteur et scénariste Sud- Africain à qui on doit notamment la brillantissime participation au scénario du film "Le Pianiste". Le sujet choisi est logiquement une aubaine pour un réalisateur de métier, ce qu'il n'est pas. Même si quelques réalités comportementales liées aux maisons de retraites sont parfois bien senties, le beau sujet prend l'eau. Il y a un manque évident de souffle dans cette œuvre. Les acteurs qui sont pourtant très bons n'arrivent pas à captiver car l'intrigue manque d'imprévus, la musique ne ressort pas vraiment notamment dans cette soirée qui devait être unique en son genre et qui se retrouve un peu dilapidée par le réalisateur qui préfère s'attacher uniquement au couple formé par Jean et Reginald. Par contre les dialogues de Ronald Harwood sont souvent savoureux ce qui maintient tout de même un certain intérêt à cette production. Côté interprétations rien à dire. Notre quartet composé de Maggie Smith dans le rôle de Jean, de Tom Cortenay dans celui de Reginald, de Billy Connolly interprétant Wilf et surtout Pauline Collins dans celui de Cissy jouant sa partition à merveille. Rajoutons également Michael Gambon qui interprète Cédric Livingston retrouvant son âme de chef d'orchestre et la charmante Sheridan Smith campant le docteur Lucy Cogan.

Pour tout vous dire je préfère notre ami Dustin Hoffman en tant qu'acteur, fonction dans laquelle il excelle. N'est pas réalisateur qui veut et pour cette première expérience on a le sentiment que le métier n'est pas encore tout à fait au rendez-vous et c'est dommage pour ce beau sujet.

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