Burn baby! Burn!

Avis sur Queimada

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En 1968, le succès critique mondial de la Bataille d'Algers ouvre de nouvelles opportunités pour le réalisateur Italien Gillo Pontecorvo. Épaulé par le scénariste Franco Solinas, il monte une ambitieuse co-production d'époque située dans les Caraïbes coloniales avec Marlon Brando en vedette intitulée Queimada.
Filmé en Colombie, le tournage s'avère un véritable calvaire. L'équipe est victime de gangsters, le climat et la drogue font des ravages et les relations entre le réalisateur et sa star sont très vite orageuses. Les conditions sont telles que les producteurs décident de couper les robinets et Brando finit par quitter la production. Pontecorvo termine le tournage tant bien que mal, sans argent, et emballant ses dernières scènes avec Brando au Maroc. Les aléas ne s'arrêtent pourtant pas là pour le metteur en scène qui doit modifier l'identité de la puissance coloniale originellement choisie (l'Espagne) sous la pression du gouvernement Franquiste. L'Espagne fait donc place au Portugal en post production.
Malgré tous ses efforts, le film est un flop complet au box office et condamne Pontecorvo au purgatoire du 7e art. Et pourtant... Queimada est, tout comme son œuvre précédente, un film d'une intelligence rare.

On y suit William Walker (Marlon Brando), un agent du gouvernement Britannique, envoyé sur la petit ile de Queimada, une colonie Portugaise, afin de faciliter la mise en place d'une révolution et l'établissement d'un gouvernement plus conforme à ses intérêts dans la région.

A travers les action de William Walker, on assiste à la transformation du colonialisme idéologique en son avatar économique du néo-colonialisme. Tout comme Pontecorvo et Solinas décortiquaient de manière implacable les mécanismes de la guérilla révolutionnaire urbaine et les méthodes utilisées pour la contrer dans la Bataille d'Alger, ils illustrent l'évolution de manière limpide où comment les velléités égalitaires des uns rejoignent les intérêts financiers des autres pour aboutir à une indépendance en trompe l'œil dont seule la puissance économique dominante ressort gagnante.
Cette dynamique implacable fait évidemment référence à ce qui se passait lors des luttes d'influences coloniales du 19e siècle mais demeure toujours d'actualité aujourd'hui. En 1968, année de production du film, on se doute qu'il s'agissait de parallèles bien volontaires avec les actions des USA en Amérique Latine et en Asie (1).

Le personnage de William Walker est l'incarnation a la fois séduisante et repoussante de ce nouvel ordre mondial. Opportuniste sans moral, il sait viser juste, adaptant son discours aussi bien au pauvres qu'aux riches, aux blancs qu'aux noirs, tant que cela sert ses intérêts. Derrière cet impressionnant "professionnalisme", on sent toutefois les traces d'un restant d'humanisme dont il ne sait comment se débarrasser. A ce titre, sa relation avec le leader indépendantiste qu'il a créé, faite d'admiration et de condescendance, est tout à fait fascinante.

Malgré toutes les difficultés rencontrées durant la production du film, la mise en scène de Pontecorvo demeure d'une grande rigueur. Il parvient élégamment à mélanger style documentaire et réalisation plus ample pour les séquences à figuration abondante. Il est bien soutenu par un thème musical forcément excellent de l'infatigable Ennio Morricone. Seul un montage un peu brouillon et une poignée de séquences cheap trahissent les problèmes rencontrés lors du tournage.

Un film brillant qui fait encore plus regretter que son échec ait entrainé la (quasi) fin de carrière de son auteur.

(1) Une translation un peu plus politique et un poil moins économique permettrait toutefois de viser tout aussi justement l'action de l'URSS dans les mêmes zones.

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    Illustration Liste statistique : Années 1960 à 1969

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    Nombre de films : 496 10 : 3 9 : 10 8 : 71 7 : 186 6 : 118 5 : 68 4 : 31 3 : 8 2 : 1 1 : 0 Note moyenne : 6,42

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