L'arbre de la connaissance

Avis sur Quelques minutes après minuit

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J. A. Bayona s'est fait repérer en tant que protégé de Guillermo Del Toro, le cinéaste ayant été plutôt conquis par ce que le jeune réalisateur avait à offrir. Et il faut reconnaître qu'il s'est assez vite imposé comme un esthète consciencieux à la vision forte. Ces deux premiers films ont plutôt bien fait parler d'eux, malgré une facture classique qui amoindrissait les fulgurances visuelles. Car malgré ses visuelles très travaillés, le cinéma de Bayona évolue dans un cinéma de genre qui ne bouleverse que très peu les codes établies et qui reste au final assez anecdotique malgré des œuvres réussies. Néanmoins les retours pour son A Monster Calls, son troisième film, furent assez dithyrambiques au point d'espérer une apothéose dans sa filmographie. Adapté du roman du même nom de Patrick Ness, par ce dernier d'ailleurs, le film s'impose au final comme une oeuvre classique sur la jeunesse et le passage à l'âge adulte. Bayona reste donc sur sa ligne de conduite même si il livre quand même son film le plus abouti.

Au niveau du scénario, on reste face à un récit classique sur le passage à l'âge adulte où l'enfant doit faire face à la vérité qu'il grandit et qu'il doit donc commencer à prendre ses responsabilités. A travers la perte de sa mère, on assiste surtout à la perte de son innocence, l'enfant rentre dans un monde très adulte où l’insouciance de la jeunesse fait place à la réalité d'une mort inévitable. C'est une histoire qui à été mainte fois contée avec plus ou moins d'originalité et même si celle-ci s'avère efficace, ce n'est pas celle qui brille le plus par sa finesse. On plonge dans une intrigue sur-écrite qui se veut beaucoup trop symbolique tout en s'assurant l'attention des spectateurs en expliquant absolument tout. Donc où est l'intérêt de mettre des symboles si c'est pour les sur-expliquer par la suite ? Et c'est ce principal problème qui va venir handicaper le parcours du personnage principal notamment dans les passages avec le monstre. Celui-ci perd tout aura mystique à partir du moment où il n'est là que pour appuyer le propos du film plus que véritablement donner forme à l'évolution du héros.

Pourtant de très belles idées accompagnent le principe même de ce monstre, parfois elles sont même assez vertigineuses mais le problème c'est que celui-ci s'écoute bien trop parler pour n'apparaître que comme autre chose qu'un gimmick. C'est dommage car l'idée de puiser dans la Genèse avec cette Arbre de la connaissance personnifié est assez brillante. Il pervertit l'enfant de son savoir, celui-ci se voyant forcé de quitter le confort de son insouciance pour affronter la vérité. Les enfants sont des êtres auquel on ment, on les pousse à croire des choses qui n'existent pas et il y a un dur temps où croire ne suffit plus et il faut les confronter à la réalité. C'est un principe bien tenu par le film, qui se montre très souvent touchant même si il rate sa fin en voulant prendre cela à contre-pied. La toute dernière scène fait beaucoup trop redite avec celle qui la précède et le message perd en force, terminer une scène plus tôt aurait été bénéfique mais le fait que le film ne le fasse pas souligne bien sa volonté de toujours appuyer sans subtilité ce qu'il cherche à dire. On ressort donc assez frustré, car le tout est touchant tout en parvenant à fonctionner mais on à le sentiment que l'oeuvre n'atteint pas son plein potentiel car elle ne sait pas trop qu'elle public viser. Bien trop sombre pour les enfants et trop explicative pour les adultes. Dans le traitement de sujets similaires, Where the Wild Things Are de Spike Jonze et Bridge to Terabithia sont des œuvres beaucoup plus fines et qui parviennent mieux à prendre au dépourvu.

A Monster Calls peut quand même s'appuyer sur un casting exemplaire, surtout le jeune Lewis MacDougall qui du haut de ses 14 ans jongle avec une palette d'émotions phénoménales et très dense pour un acteur de son âge. Toujours très juste et d'une sensibilité renversante, il offre une performance mémorable. Le reste du casting n'est pas en reste aussi, notamment Sigourney Weaver qui est ici excellente, mais les personnages n'ont pas forcément la même place pour pouvoir s'exprimer. Ce qui impressionne aussi avec le film, c'est la maîtrise visuelle que J. A. Bayona instaure à son récit. Les passages en numériques qui accompagnent les histoires du monstre sont somptueux, avec un traitement des couleurs ingénieux qui marque la rétine et accompagné par une composition musicale enivrante qui évite habilement le pathos. La mise en scène est ingénieuse dans sa manière d'aborder l'imaginaire et le regard, celui de l'enfant qui devient petit à petit adulte, aidé par une superbe photographie. On est face à un film visuellement enchanteur et qui fait une grosse partie du charme de l'ensemble.

A Monster Calls est donc un film réussi mais qui n'apporte rien au genre dans lequel il évolue. C'est un récit que l'on a pu voir ailleurs et traité de manière plus subtile. Pourtant ce serait injuste de ne pas recommander cette oeuvre touchante et sincère malgré ses défauts. Car même si elle se révèle profondément classique on reste face à un film qui a du cœur et s'impose par sa générosité essayant tant bien que mal d'être accessible à tous. Un récit universel qui ne laissera pas indifférent surtout qu'il peut compter sur une réalisation somptueuse et un casting extraordinaire. Un joli film, ni plus, ni moins.

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