L'if et le roseau

Avis sur Quelques minutes après minuit

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Quelques minutes après minuit s’ouvre sur un cauchemar vertigineux. Le monde s’écroule, la terre s’ouvre, un enfant voit sa mère tomber dans le vide abyssal.

Un vertige, des cris, la perte.

Au réveil de l’enfant, Conor, héros de notre film, on comprend très vite que ce cauchemar n’est que le miroir craquelé de son quotidien chaotique.

Forces et faiblesse
C’est cette réalité, dure et impitoyable, qui nous est dépeinte au travers les yeux d’un enfant. Et quel roc, cet enfant. On saisit très vite à quel point son quotidien est différent du schéma habituel. Aucune figure parentale n’est présente lorsque son quotidien nous est décrit. L’école n’est guère plus accueillante, entre les cours, Conor est roué de coups par une petite bande de péteux. Petit roseau ne plie pas pour autant. Il est extraordinairement impassible.

Ces bribes de violence sont vite balayées et atténuées par la vision qu’a Conor de son quotidien. Après tout, sa mère est dans son lit douillet, elle se repose. Elle ira mieux, elle doit aller mieux. Cette auto-persuasion est renforcée par les plans intérieurs et la sensation de confort que transmet le petit mec en dessinant paisiblement dans sa chambre, pieds nus sur le parquet. Miroir déformé.

Le film nous montre comment cette routine confortable va voler en éclats. L’intervention du fantastique va pousser l’enfant à ouvrir petit à petit les yeux. Et ce n’est pas un monstre anodin qui apparaît : c’est un if. Cet arbre massif qui trône depuis toujours au milieu du cimetière voisin. Son côté imposant et ses énormes racines bien ancrées dans le sol ne sont pas sans rappeler le côté rassurant du foyer familial. L’enfant sera souvent enveloppé dans ses branches ; il passera même une nuit dans cet arbre-nid.

Ce nid, qui fait écho à la chambre douillette de tout enfant, est cependant posé au milieu des ténèbres : le cimetière. Cette seule vision de l’arbre posée au milieu du cimetière pourrait être un efficace résumé de ce qu’est la vie. La mort y est toujours attenante. Cette obsession de la mort et de la perte d’un être cher est une peur que traverse tout enfant. Seulement, cette peur est loin d’être fantasmée dans ce film.

Du conte au drame
Cette œuvre renoue avec le côté originel des contes de fée dont la fin souvent tragique doit bouleverser et faire réfléchir le lecteur. Le cauchemar de plus en plus récurrent et l’arrivée du monstre sont des signaux qui montrent l’urgence de la situation et la maladie galopante de la maman.

La figure du monstre cherche à contre-balancer les présences réelles mais impuissantes des proches de Conor. Ce père, si éloigné physiquement et affectivement, ne sait trouver les mots pour apaiser le tragique du moment. Il se confond en excuse, éternel grand ado en décalage avec le drame qui approche, tout droit sorti d’un Manchester by Sea.

Ce même mutisme est présent chez la grand-mère, magistralement interprétée par une Sigourney Weaver froide et sèche. A l’instar de la vieille reine accusée de meurtre et d’empoisonnement dans le premier conte, on a tendance à la voir comme un personnage malfaisant. On comprend cependant qu’il ne faut pas se fier aux apparences : elle est aussi bouleversée et paumée que les autres. Les rôles naturels sont en effet inversés : elle doit se préparer à enterrer sa propre fille.

Merci pour votre lecture attentive, ma critique semble trop longue pour être publiée dans son intégralité. Je vous envoie la suite avec plaisir en message privé si cela vous intéresse.

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