L’impossible retour à la vie civile des vétérans du Vietnam

Avis sur Rambo

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Conflit armé de grande ampleur inhérent à la Guerre Froide, la Guerre du Vietnam a bouleversé l’Amérique des années 1960 et 1970. Envoyés le plus souvent contre leur gré combattre l’idéologie communiste au Vietnam, toute une génération de soldats américains y furent sacrifiés. Ceux qui n’y laissèrent pas la vie revinrent souvent blessés, malades et/ou brisés psychologiquement. Rambo s’inscrit dans ce 3e cas de figure.

Soldat d’élite ayant vu la quasi-totalité de ses compagnons d’unité mourrir au combat, John Rambo, démobilisé et revenu à la vie civile depuis maintenant 7 ans, vit encore dans le traumatisme de la guerre, brisé de l’intérieur.

Après avoir en vain tenté de retrouver son dernier compagnon d’armes qu’il croyait encore en vie, Rambo erre comme un fantôme, sans savoir où il va ni ce qu’il recherche.

Son chemin va le mener dans la ville de HOPE. Un nom, qui à l’opposé de sa traduction (ESPOIR) va lui faire vivre l’ENFER, non pas l’enfer de la guerre, mais celui du rejet et de l’humiliation, sentiments très marqués chez les soldats américains de retour du Vietnam. L’image même d’une société qui réduit ses héros passés au néant.

Une réaction d’une violence et d’une radicalité extrêmes qui interrogent et poussent à la réflexion. Comment une société peut-elle en arriver à traiter ceux qui se sont battus pour elle au péril de leur vie, comme de vulgaires déchets à jeter dans les oubliettes de son histoire ?

La guerre du Vietnam reste à ce jour l’un des événements les plus traumatisants de l’histoire américaine, de par son nombre de victimes, “ l’inutilité “ implicitement reconnue à posteriori de l’engagement américain, et par-dessus tout la défaite des Etats-Unis. Un traumatisme amplifié par la durée du conflit et de ce fait, de la durée de mobilisation des soldats américains. Un événement dont le seul souvenir demeure traumatisant pour ceux qui en sont revenus, mais qui met également mal à l’aise ceux qui l’ont vécu de loin, en restant sur le sol américain. Face au malaise, quelle plus grande facilité que de tenter d’oublier ? Oublier en rejetant tout ce qui s’y rapporte ou peut raviver ce douloureux souvenir, y compris ceux qui l’ont vécu...

Outre la haine et le rejet dont les vétérans du Vietnam ont pu faire face en revenant à la vie civile américaine, le film dénonce à travers le personnage de John Rambo la « fabrication » et le conditionnement de « soldats machines ». Des gamins en pleine construction identitaire que l’on a envoyés au front de longues années, loin de leurs racines et de leurs proches, dont la seule vision de la vie est rapidement devenue la guerre, à laquelle on peut associer la mort et le danger permanent.

En renvoyant leurs soldats rescapés à la vie civile sans aucun suivi ni accompagnement, la société américaine a laissé ces « hommes-machines de guerre » seuls face à eux-mêmes et leurs blessures / traumatismes, vécus au Vietnam mais à l’empreinte souvent indélébile. Des hommes devenus psychologiquement instables laissés à l’abandon...

Symbole de ce phénomène post-Vietnam, John Rambo va, face à la cruauté de la Police de Hope, réagir avec sa seule arme encore ancrée en lui : la GUERRE.

Traqué comme un animal par la Police puis par la Garde Nationale, notre héros va entraîner ses agresseurs sur un terrain qu’il maîtrise désormais sur le bout des doigts : la FORÊT. Le gibier va ainsi devenir le chasseur, traquant un à un ses assaillants, reproduisant en quelque sorte le schéma traumatisant du Vietnam, où on l’imagine lui et ses camarades traqués par les Viêt-congs dans les forêts vietnamiennes.

Au terme d’une traque sans relâche et sans temps mort, John s’écroule en larmes dans les bras du Colonel Trautman, seule « famille » qui lui reste de cette guerre, dont il ne s’est jamais remis...

Le retour à la maison s’annonce long...

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