Le syndrome de Stendhal.

Avis sur Ran

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Trois ans après le triomphe d'un Kagemusha rendu possible grâce à l'admiration de George Lucas et Francis Ford Coppola, le vénérable Akira Kurosawa se lance dans la production d'une épopée tout aussi ambitieuse, inspirée du King Lear de William Shakespeare. Un projet d'une telle ampleur que le Japon fera appel à la France pour cofinancer un tournage éreintant de plus d'un an, endeuillé par le décès de la femme du cinéaste.

Considéré par Kurosawa lui-même comme son travail le plus abouti, Ran est effectivement une oeuvre imposante, colossale, qui laisse franchement sur le cul même après plusieurs visions. D'une beauté plastique à se damner (le réalisateur aurait travaillé pendant dix ans sur le storyboard peint), multipliant les décors et les costumes grandioses, le long-métrage, par son sens du cadre et du gigantisme, par l'ambiance inimitable qui s'en dégage, nous donne l'impression d'être minuscule, nous donnerait presque le vertige, telle une toile de maître.

Se réappropriant totalement le matériau qu'il exploite, Akira Kurosawa offre bien évidemment une poignée de séquences spectaculaires, parfois même violentes, redonnant ses lettres de noblesses au cinéma à grand spectacle. Mais plus encore que les luttes fratricides d'un royaume au bord de l'implosion, Ran est surtout l'apocalypse intime d'un homme s'étant jusque-là cru au-dessus de tout, et qui va sombrer doucement mais sûrement dans la folie au fur et à mesure que son petit univers se fissure.

Un personnage fort, à la fois romanesque et pathétique, interprété avec brio par Tatsuya Nakadai, et que semble observer une nature impassible que Kurosawa filme comme une véritable entité, voire comme une divinité témoin malgré elle de la folie des hommes, ces fourmis puériles et stupides souillant sans vergogne le sol qui les porte.

Chef-d'oeuvre incontestable d'un metteur en scène en ayant déjà un paquet à son actif, Ran est une pure merveille, un véritable tableau vivant qui impressionne toujours autant plus de trente ans après sa sortie. Et si mes yeux pleuraient déjà d'admiration devant mon écran 119 cm (il faut dire que la copie du nouveau bluray est splendide), je n'ose même pas imaginer l'effet que la chose pouvait produire sur un écran de cinéma à l'époque.

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