Pour une amourette qui passait par là.

Avis sur Rashômon

Avatar Petitbarbu
Critique publiée par le

Commencer à te parler de Rashōmon, chef-d’œuvre de Kurosawa, en te mettant dans la tête une chansonnette de Leny Escudero, faut dire que c'est pas banal.

Un peu barbare même.

Sache que, comme à mon habitude, je vais m'introduire lentement dans l'analyse du film - et partant dans l'analyse de mon petit sept tout timide - en commençant par ne pas te parler de l’œuvre.

Nop, avant de dégoiser sur une bobine d'un metteur en scène que je ne fais qu'aborder, plein de la morgue suffisante de mes vingt trois printemps, je souhaiterai te causer du contexte de visionnage d'une œuvre.
Ce foutu contexte.
Putain.

Parce que je m'aperçois maintenant, à mon grand dam, que je préfère voir un film seul. Alors que c'est un plaisir que je goutais partagé avant mon arrivée sur ce site.
Avant ce métrage, plutôt, j'dirais.

Mais maintenant, je pense que je vais me limiter aux nanars, aux films sans trop d'envergure, ou alors je vais trier sévère quand je vais montrer une bobine sérieuse à quelqu'un.
Parce que quand tu commences un film avec deux personnes qui se taillent une bavette à côté tout en raillant à moitié le métrage qui ne présente pour eux qu'un vague intérêt et qui finisse par aller se coucher paresseusement, ben tu déchantes sérieusement. Tu sors du bain, pour ainsi dire.

Et c'est un beau gâchis si tu veux mon avis, parce que le film a réussi à me raccrocher sitôt les importuns partis, et j'ai plongé la tête la première dans cette œuvre magistrale qui impitoyablement met à nu la nature humaine sous son jour le plus triste, veule, lâche. Qui de l'humanité ne trouve rien à sauver. Rien, ou presque.

Parce que Toshiro Mifune qui cabotine de sa grosse voix de bandit-samurai sans peur ni reproches, moi ça me colle un peu la chair de poule, même s'il était plus fébrile que ce à quoi je m'attendais.
Côté photographie et mise en scène, rien n'est laissé au hasard, depuis l'introduction sous la pluie diluvienne qui recouvre le portique décrépit sous lequel s'abritent deux pauvres hères à l'air hagard avant qu'un troisième larron hilare ne vienne les rejoindre jusqu'à la forêt tout en ombre et lumière, théâtre des évènements violent qui nous seront exposés. Cette porte des démons - Rashōmon, donc, porte de Kyoto habitée par un démon - en ruine symbole décadent d'une humanité déliquescente sera le théâtre de flash-backs nous contant l'histoire, abordée via divers points de vue , d'un viol et d'un meurtre.

Deux époux s'aventurent dans une forêt où guette un bandit à la luxure sans commune mesure (Tajômaru incarné par Toshiro Mifune) qui tombe sur le mari, le ligote puis viol la donzelle. Parce que la brise, parce que son joli minois. Parce qu'elle était belle, son amourette, et que lui il avait envie.
Le mari finit par mourir, les coupables sont traduits devant les juges et trois versions - celle du bandit, de la femme puis du mort - nous sont alors contées.

Et c'est l'occasion pour Kurosawa de porter un œil désabusé sur la nature humaine, sur la lâcheté qui saisit chacun et sur la vertu toute relative de la vérité, bien souvent sacrifiée sur l'autel des petits égos et autres mesquineries. Et le réalisateur virtuose traduit cela à l'écran en faisant de l'audience juge et partie-prenante, spectateur de l'histoire contée par le Bonze et le Bûcheron mais aussi par les accusés qui nous regardent fixement.

Il y a des flash-back dans les flash-back en plus, Christopher Nolan devait être fou en voyant ce film.

Voilà, ici s'achève la partie non-spoil. Mon conseil : regarde-le, bien entouré ou seul de préférence. C'est ce que je ferai la seconde fois. Reste que le film, même si j'ai admiré sa mise en scène, même si j'ai été subjugué par sa maestria et la force de son propos, n'a jamais su me happer et m'attirer. La faute à quelques lenteurs, quelques effets trop appuyés qui prolongent artificiellement certaines scènes, au-delà du raisonnable, et des cris perçants qui irritent l'oreille.

Et pour ceux ayant vu le film, je veux noter l'air impassible de Masayuki Mori dans les trois premières versions, brillant. Je veux noter le contraste saisissant et génial entre les deux combats, le premier puissant, brillamment orchestré, tragique et épique. Le second éloquent dans son ridicule, pathétique. Humain. Je veux noter le final, sous la porte, le bonze qui perd toute foi en l'humanité tandis que même le bûcheron, prompt à s'indigner, n'est pas exempt de toutes fautes. Lorsqu'il se repend et fait preuve de bonté, on se prend à espérer comme le bonze. Je veux noter la puissance de ce final. Et le petit air supérieur du bonze qui juge un peu, du haut de son piédestal... avant de se raviser et de tendre l'enfant. Et là, tu comprends pourquoi je suis un peu colère de n'avoir qu'un sept à mettre. Parce que je sais que c'est grand, beau. Mais j'suis resté un peu au-dehors.

Autre chose, que je crois bon de préciser. Mon petit texte tient plus de la bafouille admirative et du billet d'humeur amère sur mes conditions de visionnage. Prenez en considération qu'il s'agit ici d'un film qu'il convient de voir plusieurs fois pour en saisir l'essence et que je ne prétends pas à la critique complète, loin s'en faut.
Alors pour ceux d'entre vous qui veulent en savoir plus, deux critiques excellentes vous amèneront à vous interroger plus avant sur le film, celles de Cultural Mind et Sergent Pepper, critiqueurs dont la plume comme l'analyse est bien plus fine et pertinente. La mienne (de critique) n'est que le fruit d'un premier avis, à chaud, de ce film.
Pepper : http://www.senscritique.com/film/Rashomon/critique/23451700
Mind : http://www.senscritique.com/film/Rashomon/critique/28039534

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