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C'est moins à chier que le livre. Paye ton exploit.

Avis sur Ready Player One

Avatar kwyxz
Critique publiée par le

Peu de films m'ont mis autant en colère que Ready Player One.

Certainement parce que l'œuvre, malgré une intro en voix off molle et ennuyeuse, démarre plutôt bien et permet à tonton Steve de confirmer qu'à 71 balais, il maîtrise encore parfaitement l'art cinématographique, fut-ce pour diriger des scènes entièrement faites d'images de synthèse. La course de voitures tant promise par les trailers est une incroyable performance visuelle, délivrée avec la maestria que l'on est en droit d'attendre du réalisateur. Fluide, nerveuse, mais toujours parfaitement lisible, on est à des années-lumière du cinéma imbitable d'un Michael Bay et de son montage épileptique. Spielberg use du média pour se permettre des plans fous, dans une séquence qui va tambour battant et m'a donné, à ce moment, l'espoir que j'allais passer un bon moment et que l'épouvantable livre éponyme d'Ernest Cline (dont je parle ici) resterait un très mauvais souvenir. Après tout, il arrive que de très mauvais livres donnent de bons films, comme par exemple Jaws, dont l'adaptation, comme par hasard, est de Steven Spielberg.

Le problème, c'est que dès lors que Parzival, le personnage principal, récupère la première clé et devient de fait le héros de tout l'Oasis, la totalité du récit s'écroule et ne subsiste que la vacuité du propos. À commencer par le plan de l'antagoniste, Nolan Sorrento, qui désire prendre le contrôle de l'OASIS pour inonder l'écran des joueurs de pub. Pour ce faire, il n'hésitera pas à réduire une partie de la population à l'esclavage, à faire assassiner des innocents voire à faire sauter des tours de camping-cars (les stacks du roman, une des rares réussites visuelles des scènes en prise réelle, toutes plus affreuses les unes que les autres) et en même temps pourquoi il se priverait, la Police étant mystérieusement inexistante de ce Monde jusqu'aux cinq dernières minutes du film.

Et donc notre équipe de héros, qui rejettent l'idée d'être une équipe mais en sont une quand même, va risquer sa vie pour ça. Pour ne pas avoir de pub dans un jeu vidéo.

Alors certes, on peut arguer que ledit jeu vidéo est un peu l'ultime source d'espoir dans un monde réel à l'agonie, que c'est tout ce qui permet à l'humanité de ne pas péricliter (et encore, je suis en train de trouver des excuses à un film qui ne s'en cherche jamais) mais ce serait aussi arguer que fuir les problèmes au lieu de les affronter, laisser pourrir la situation sans jamais chercher à l'améliorer, tout ça pour s'évader dans une utopie virtuelle, c'est aussi le quotidien des fumeurs de crack.

Il me semble important de souligner ce manque d'enjeux, parce que c'est aussi la raison pour laquelle il est si difficile de s'attacher aux héros. Si le Wade Watts du film est certainement moins détestable que celui du bouquin, il reste un type au charisme proche de l'amibe, à la personnalité aussi absente que ses ambitions et qui s'en bat les steaks de la mort de sa tante s'il peut pécho de la meuf. Wade désire trouver le fameux œuf caché par Halliday, créateur de l'Oasis, pour... pour... il ne sait pas trop en fait. Avoir plein d'argent, peut-être. Quelle audace. Lorsqu'Art3mis lui met le grappin dessus, après la scène de drague la plus cringe de l'univers virtuel dans le night club, elle lui annonce "Bienvenue dans la résistance". Mais la résistance de quoi ? Quelle est la force d'occupation ? Sont-ce les Sixxers de IOI Industries ? Le reste de la population, qui n'est pas dans cette "résistance", est-il sous le joug de la corporation ? Pourquoi est-ce que je devrais m'inquiéter pour des personnages dont la seule motivation est de pouvoir continuer à exister dans leur jeu vidéo ? Art3mis était déjà un personnage écrit n'importe comment dans le bouquin, ça s'améliore à peine dans le film où elle passe de nana badass à demoiselle en détresse à de nouveau presque badass à de nouveau demoiselle en détresse. Les réactions de son personnage "réel" sont aberrantes, son crush pour Wade complètement risible. Leur flirt sur le toit d'un immeuble est probablement une des pires, si ce n'est la pire, scène du film, et établit le personnage de Wade comme un gros con. "Je ne suis pas déçu" dit-il en découvrant qu'elle a un angiome sur le visage. Heureusement que t'es pas déçu gros con, merci gros con, genre elle a besoin de ton avis.

Je vais prendre une minute pour parler du personnage d'Aech. Dans le livre, Aech est le super token. Aech, c'est Ernest Cline qui écrit son truc et son éditeur lui dit "eh mec ça manque un peu de diversité ton manuscrit" du coup Ernest Cline il décide qu'Aech sera toutes les minorités à la fois. Du coup, et c'est une surprise dans le livre, Aech est une lesbienne noire et obèse qui vit dans un camping-car. Comme je le dis dans ma critique du livre, il aurait pu y avoir un truc intéressant si on s'attardait sur les raisons qui l'ont poussée à incarner un homme blanc online, sauf que c'est écrit avec le cul par un incompétent donc ça n'est jamais important. Dans le film, non seulement le marketing de Warner a décidé de publier des posters avec les noms des personnages, leurs avatars et leurs vrai visage, du coup on savait déjà que c'était Lena Waithe, mais ils ont décidé d'encore deshumaniser la noire lesbienne en lui faisant incarner un troll cyborg male dans l'OASIS, sauf qu'il parle comme un stéréotype ambulant. Pourquoi ce choix ? Qui s'est dit que ça serait une bonne idée ?

Parlons un peu de l'OASIS, cet univers si essentiel qu'on est supposés avoir envie de le voir sauvé. Le film n'insiste pas autant que le livre l'avait fait à l'époque, mais Halliday voulait à tout prix que l'OASIS soit gratuit. Il s'agit donc de ce qu'on appelle un "Free2Play". Mais, et c'est là aussi plus évident dans le livre, seuls ceux qui parviendront à amasser suffisamment d'argent virtuel pourront s'équiper correctement en armes, en munitions, en carburant (la DeLorean du héros est quasiment à sec au début du film), acheter un avatar spécifique avec des pouvoirs spéciaux (l'occasion pour le film de montrer une innombrable quantité de personnages tirés d'œuvres diverses à l'écran). Et pour amasser de l'argent virtuel, soit on tue d'autres personnages virtuels, soit... on paye en argent réel. L'OASIS est un putain de Pay2Win à microtransactions, le cancer du jeu vidéo multijoueurs moderne. Pour l'utopie du vieil anar, on repassera.

Le film est instantanément ringard. Son idée de la VR était peut-être visionnaire en 2011, quand le livre a été écrit, avant que l'Oculus Rift soit kickstarté. Mais les faits sont là : avec un casque de VR sur la tête, t'as l'air d'un con. J'adorerais voir une version sans aucune CGI, entièrement filmée dans le monde réel, où l'on peut voir tous les personnages qui participent à la bataille finale agiter les bras comme des abrutis dans la rue.

A la fin du film, après une ultime énigme complètement nulle qui est spoilée dès le prologue du bouquin, nos héros gagnent. Parzival, après avoir refusé de signer un contrat cinq minutes plus tôt parce qu'il détecte que c'est "un test", signe un contrat et devient propriétaire de l'OASIS avec ses potes. Mais il décide que le mardi et le jeudi, c'est fermé, parce que le Monde réel c'est bien aussi vu que dans le monde réel il couche avec sa meuf. Du coup le mardi et le jeudi, les gens qui n'ont pas de partenaire et sont dans la dèche de crack doivent grave se faire chier, vu que le monde réel est toujours le même.

Voilà, donc, la raison de ma colère. Avoir un réalisateur pareil et lui filer un script aussi merdique. Quel putain de gâchis.

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