Déprimant 2044

Avis sur Ready Player One

Avatar Rometach
Critique publiée par le

[Remarques générales. Je n'ai pas envie de juger et noter des films que je n'ai vus qu'une fois, souvent avec peu de connaissance du contexte de production. Je note donc 5 par défaut, et 10 ou 1 en cas de coup de cœur ou si le film m'a particulièrement énervé. Ma « critique » liste et analyse plutôt les éléments qui m'ont (dé)plu, interpellé, fait réfléchir, ému, etc. Attention, tout ceci sans égard pour les spoilers !]

Je trouve l'exercice critique de Ready Player One vraiment difficile, parce que je veux éviter les critiques façon « ce n'est pas bien parce que j'aurais préféré que ce soit autrement ». Un film est ce qu'il est, et c'est ridicule de se perdre en palabres sur le film qu'on aurait voulu voir mais qui n'existe pas. Il est plus constructif de commenter le film tel qu'il est (d'être prêt à l'accepter aussi bien qu'il s'éloigne de ce qu'on attendait, j'ai appris à apprécier plus de films le jour où j'ai compris cela) - ou alors de prendre un stylo et une caméra et d'écrire et tourner celui que l'on voudrait voir. C'est autour des Star Wars, qui cristallisent tant d'attentes, que j'ai entendu le plus de telles critiques, chacun.e y allant de son « ce n'est pas ça Star Wars » quand iel n'a pas apprécié un nouvel opus.
Pourtant, les mauvais réflexes perdurent : en sortant de Ready Player One, j'avais vraiment une impression de « j'aurais voulu voir autre chose ». Je vais donc essayer d'être plus constructif que ça.

Alors, qu'est-ce que c'est que ce film que j'ai vraiment vu ? Deux choses essentiellement, me semble-t-il : c'est un film d'action à spectacle, et un film hommage à la pop culture.

Je n'ai pas aimé l'aspect « film d'action à spectacle » parce que le rythme est trop soutenu. Péripétie sur péripétie, explosion sur explosion. Le moment où les héros attendent l'apparition de toustes les joueur.se.s pour la bataille finale m'a même paru étrange tant il constitue une pause au milieu d'un flux torrentiel.
Je n'aime pas ce genre de rythme qui ne laisse pas le temps d'appréhender l'histoire générale, de comprendre les motivations des personnages, de participer à l'histoire. D'ailleurs, il vaut mieux ne pas trop creuser les enjeux et motivations, ce n'est pas l'objet du film, et donc ça ne survit pas à un examen un peu poussé.
L'intrigue principale repose sur la résolution d'énigmes ; je préfère les films dans lesquels je peux réfléchir moi aussi sur les énigmes, et donc pas celui-ci où les personnages trouvent des solutions qu'on n'aurait jamais pu imaginer. De même, pour que je trouve un décor impressionnant, j'ai besoin de le temps de l'apprécier. Dans Ready Player One, on passe d'un décor à l'autre toutes les cinq minutes, donc je suis passé à côté.
Beaucoup de films d'action aujourd'hui ressemblent à ces cinématiques de jeux vidéos. Tout est tourné en motion capture devant des écrans verts. Au moins, dans Ready Player One, c'est cohérent : ça se passe vraiment dans un jeu vidéo.

Les hommages à la pop culture m'ont laissé indifférent parce que la pop culture ne m'intéresse pas spécialement. Je savais en allant voir le film que ce serait le cas, donc simplement de l'indifférence. C'est sur le reste que j'ai essayé de me faire une opinion.
Un aspect proche qui m'a énervé, en revanche, est le choix de scénariser une intrigue « comme dans les années 80 », avec le même type de personnages, d'enjeux, d'histoires... J'apprécie les films des années 80, mais c'est aussi parce que je sais qu'ils sont des années 80 que je peux les apprécier pour ce qu'ils sont. (Et puis, cette nostalgie qui pousse à faire comme avant semble à la mode, pourquoi ne pas regarder les vrais films des années 80 et essayer de faire aujourd'hui quelque chose d'aujourd'hui ?) Heureusement, les choses ont un peu changé depuis les années 80. Heureusement, on est passé à autre chose qu'aux romances sans substance dans lesquelles le héros succombe pour la fille sexy parce que c'est une fille et qu'elle est sexy et où la fille sexy succombe pour le héros parce qu'il lui a dit qu'elle était jolie malgré sa tâche de naissance. Heureusement, on a imaginé des histoires plus subtiles que celle du jeune héros qui a des principes et réussit tout seul dans son coin contre la grande compagnie machiavélique.

Allez, je craque : voici dans les grandes lignes ce que le pitch de Ready Player One m'aurait donné envie de voir. J'aurais voulu qu'on s'autorise à imaginer qu'en 2044 les avatars échapperaient à la loi du gros-cyborg-viril et de la bonnasse-en-combi-moulante. J'aurais voulu que cette passionnante dualité entre la vraie personne et son avatar soit élaborée, crée du sens et des enjeux. Revenons à la romance : son seul fondement est que Parzival/Wade est un garçon et Art3mis/Samantha (Olivia Cooke) une fille et sexy. Aech le cyborg est en réalité une fille, Helen (Lena Waithe), qui... s'en excuse quand on elle apparaît en vrai. Elle est black, elle est garçonne : pas de romantisme possible. Rien que du corps et de l'apparence, alors que justement, toute ce foin de gigantesque jeu multijoueur serait le prétexte idéal pour dépasser un tout petit peu l'apparence, rencontrer quelqu'un et apprécier sa personnalité sans se préoccuper de la couleur de sa peau, de son genre, de ses mensurations. Ready Player One fait exactement l'inverse, resservant tous les clichés de représentation des vieux films clichés.

Et ça m'a déprimé. Deux heures vingt pour dépeindre ce futur-là.

Donc, comme je suis déprimé, je me console avec cette critique injuste du film que je n'ai pas vu.

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