Retour vers la pop culture

Avis sur Ready Player One

Avatar Eowyn Cwper
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Ready Player One, c'était un peu le moyen pour Spielberg de se prouver qu'il pouvait encore parler aux jeunes. Mais c'est aussi une plongée dans ses propres origines et on n'a pas trop de mal à le voir ressortir les vieux cartons de sa SF en bonne figure paternaliste supervisant un monde qui le dépasse. En l'occurrence : l'Oasis, un monde virtuel où tout est possible.

Ready Player One était un all-in : le monde virtuel qu'il dépeint va vieillir très vite malgré les efforts dantesques que le réalisateur a mis pour être à la pointe de tout. Du coup, c'est un visionnage un peu ambigu que l'on partage entre « qu'est-ce qu'il veut encore nous dire, le vieux ? » et « wow, c'est vraiment bien vu ».

La dualité est visible un peu partout, à commencer par le surplus de pédagogie intégrée. Quitte à faire un film de pop culture, on devrait laisser les fans se débrouiller plutôt que de cribler les dialogues de “oh, Mechagodzilla!” et autres “it's f*cking Chuck!” Il y a des centaines de références à des films et jeux vidéo et donc largement de quoi faire sourire tout le monde sans forcer au-delà du cauchemar légal que cela a été de réunir les droits. Spielberg aurait eu bon usage à faire de ce proverbe chinois (ou pas) : « plus on en a, plus on l'étale ». Il cherche absolument à s'adresser à tous, mais… c'est déjà le principe de la pop culture, en fait.

Parfois un peu cheesy sur les concepts qu'il aborde (#amitié, #amour), le film fourmille visuellement. Quand il s'attaque au gaming, il est presque maladroit, cependant c'est là aussi que Spielberg est le plus apte à recréer le fantasme de l'immersion totale dans les jeux vidéo. On ouvre également un peu vite sur des axes narratifs somme toute assez fermés qui vont doter les personnages d'une quête avec des énigmes aussi cliché que le méchant mégalo. Tout cela brime un monde qui méritait d'être plus ouvert encore que le jumeau visuel et formel de Ready Player One, j'ai cité : Valérian et la Cité des Mille Planètes.

Côté fond, l'œuvre nous enseigne qu'il n'y a que la réalité de réelle (alerte cheesy) et qu'il faut davantage vivre dans le monde réel. Spielberg s'est dévoué corps et âme à la technocratie filmique pour ensuite la retourner contre lui-même et nous dire de nous en méfier. C'est bien vu, mais cela ne lui sert qu'une seule fois pour provoquer un sentiment trop rare à notre époque : celui qu'on perd pied dans le fantasme visuel.

Cette seule fois, c'est lorsque le personnage d'Olivia Cooke dit : « tu es amoureux de ce que j'ai bien voulu te laisser voir », et l'on dirait un précepte sorti de la bouche de Spielberg lui-même : « vous aimez ce film, mais il n'est que ce que je veux bien vous en montrer ». Les yeux remplis à ras bord d'effets spéciaux, j'ai presque paniqué, me demandant où était le film derrière tant d'illusion, et c'était génial, car j'ai alors touché du doigt le point précis où naissait l'entièreté de ma grande affection pour l'univers de RPO.

Ready Player One n'est donc pas qu'une grande tartine indigeste de pop culture, et il nous enseigne bel et bien quelque chose sur la réalité. Il est particulièrement jouissif, et il faut en profiter avant qu'il ne se fane et révèle l'échec de sa tentative à intégrer lui-même la pop culture.

Quantième Art

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