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Rebecca par Alligator

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Voilà un Hitchcock que je n’avais pas vu depuis peut-être trente ans! Autant dire que j’étais môme au dernier visionnage et que je n’ai pas su nourrir ma mémoire de souvenirs nets. Par conséquent, j’ai pris un certain plaisir à revoir ce film, malgré deux écueils majeurs.

Le premier est un obstacle auquel je me heurte à chaque fois que je vois un film avec lui : Laurence Olivier est un acteur qui me laisse au mieux indifférent, au pire qui m’exaspère. Je n’arrive jamais à lire son personnage. Et pourtant, il a tenu des rôles impressionnants et beaucoup chantent ses louanges dans le jeu. Il y a dans son regard quelque chose qui m’est automatiquement et inexplicablement antipathique, ce qui est sans aucun doute injuste, mais qui se traduit par un sentiment de condescendance affichée, une estime de soi trop appuyée pour son jeu. La dernière fois que j’ai eu à subir son jeu ampoulé, c’était dans Hamlet, une pièce qui devrait m’emporter, mais son Hamlet me touche à peine. Ici, il est comme transparent. Ses colères me paraissent feintes ou bien juste flasques, sans sincérité, sans réelle passion, sans ventre, sans dent.

Autre bémol, mais plus acceptable, c’est le rôle de tarte que doit endosser Joan Fontaine. C’est le sujet même du film, alors difficile pour elle de faire autrement que de jouer la jeune fille un peu nunuche qui se fait lentement mais sûrement bouffer par sa gouvernante.

A ce propos, il convient aussitôt de saluer la composition haute en couleur, en relief, baroque de Judith Anderson. A la limite de la caricature gothique que les décors soulignent par ailleurs, son personnage est effrayant, assisté également par la lumière et les contre-plongées du chef-op George Barnes qui accentuent les angles et les expressions de cette femme.

L’atmosphère de cette grande bâtisse est assez bien rendue étouffante. Les décors sont grandioses, écrasent les héros. Hitchcock sait filmer les décors grandeur nature ou en maquette pour insuffler cette sorte d’opacité inquiétante. Les jeux d’ombres et de lumières produisent un spectacle propice à faire croître un suspense que le scénario a fait poindre très progressivement. L’ensemble fond / forme est très cohérent, parfaitement maîtrisé.

A tel point, que mes réserves sur le comédien Laurence Olivier et sur le rôle de Joan Fontaine ne sont plus que d’une importance négligeable. Je me laisse embarquer par le récit et l’envie d’en connaître le dénouement. Si le film n’est pas aussi hitchcockien que la plupart des autres, il arrive à créer une progression assez remarquable d’équilibre, dans le rythme, dans le trait, dans le poids. Cela coule de source. Aussi suis-je conquis au final. Un bon Hitchcock (scusez le pléonasme).

http://alligatographe.blogspot.fr/2017/03/rebecca-hitchcock-maurier-fontaine.html

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