Dans l'ombre de Rebecca

Avis sur Rebecca

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Rebecca n'avait été adapté qu'une seule fois en film, en 1940, par nul autre qu'Hitchcock. Et comme si cela ne suffisait pas, le résultat était un chef-d'oeuvre, peut-être mon film préféré du maître du suspense. Comment alors, je vous le demande, ne pas se laisser aller à la comparaison dès les premières secondes de ce remake ?
Le challenge était de taille, pour ne pas dire suicidaire : convaincre les lecteurs de Daphné du Maurier, les spectateurs d'Hitchcock, les nostalgiques du Golden Age Hollywoodien... Par une production signée Netflix.
Oui, Netflix, l'étiqueté "assassin du cinéma", ennemi populaire des cinéphiles puritains, s'est emparé à son tour de l'excellent roman anglais pour lequel je ne taris pas d'éloges, et c'est avec autant de hâte que d'appréhension que j'attendais cette sortie.

Alors ? Plus de peur que de mal.
Deux choix s'offraient à la réalisation : une prise de risque en osant l'innovation ; ou bien la prudence, avec un simple rafraîchissement de la version hitchcockienne. Spoiler, le compromis choisi tient plus de la seconde proposition. Calé dans le sillage de la version de 1940, le seul changement notable se trouve être la colorisation. Alors me voici soulagée, mais loin d'être comblée. XXIème siècle oblige, le couple principal se retrouve alourdi par une sensualité superflue qui était à prévoir, je m'attendais même à pire, alors passons.
Puisque pour le reste, les dégâts ont été limités ! Palette de couleurs riche, les décors soignés, acteurs justes, rythme dynamique... Pour la surprise d'avoir passé un bon moment, la note est bonne.
La recette est donc équilibrée, et inoffensive. Pour faire concis, ça manque de piment.

Tout compte fait, n'était-ce pas couru d'avance ? Rebecca, c'est l'histoire d'une jeune femme qui ne fait pas le poids face à une défunte qu'on ne peut pas oublier, au point où le titre de l'oeuvre choisit lui-même son héroïne en délaissant l'anonyme personnage principal.
L'ironie est donc cocasse, puisque c'est finalement dans son propre thème que ce film s'est piégé. De la même manière que notre héroïne, la candide Mrs. de Winter, disparaît derrière le souvenir adoré de Rebecca, ce nouveau film m'a paru trop pâlot pour tenir l'inévitable comparaison avec l'adaptation originale. Le territoire était déjà conquis, pas de place pour une revisite finalement, manque de couleurs.

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