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Redacted par limma

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Brian de palma s'inspirait déjà d'une histoire vraie dans "Outrages", récit d'une jeune Vietnamienne, Phan Ti Mao, victime d'enlèvement, de viol collectif et d'assassinat perpétrés par quatre soldats américains en novembre 1966. Un soldat décidera de dénoncer ces hommes dès leur retour au camp de base. Le film de De Palma suite au succès de Platoon (1986), pourra voir le jour en 1989, le thème n'étant pas au départ, dans le « politiquement correct ».
« Outrages », nous balance sans ménagement au cœur de l'action pour un message percutant malgré les images difficiles. Le film trouve tout son sens, montrant des hommes frustrés qui iront au-delà de l'horreur même, en toute impunité et croyant surtout, à la légitimité de leurs actes. Ambiance de guerre, sans concession une caméra au plus près pour un effet d'étouffement, on suit les soldats dans ce qui les fera basculer. Ambiances sordides qui n'en finissaient pas, les plans servent la fiction pour retranscrire la réalité de la guerre. Le jeu des acteurs, les situations malsaines servent le propos pour nous interpeller sur les ravages humains, de part et d'autre. La loi du nombre, la lâcheté et la faiblesse retranscrites parfaitement par de jeunes acteurs de l'époque. De Palma met en avant que le contexte exacerbe les pulsions primaires et destructrices, et balaie très rapidement les valeurs morales.

En 2007, avec « Redacted ». on se retrouve dans la suite de "Outrages" plutôt que d'un remake, pour une autre guerre, un autre lieu mais avec les mêmes personnages. Un simple constat historique. Les expériences dramatiques vécues sont oubliées. Ces soldats ont l'air plus déconnecté encore. Pas de guerre franche, on suit leur quotidien, au poste de contrôle, leur ennui, leur manque de respect, leur haine.
Le metteur en scène n'y va pas de main morte dans la description d'une Amérique qui ne choisit pas ses soldats (Kubrick avec « the full metal jacket » traitait déjà de la délinquance de ces jeunes envoyés « au front »).
Encore une fois, un seul petit groupe, que personne n'osera arrêter, pour que l'un des leurs finisse par les dénoncer.

De Palma filme un genre docu-fiction, mélangeant les points de vues des protagonistes. La vérité ne serait qu'une vue de l'esprit. Et la seule image, celle sur qui repose le film, n'est pas montrée. La « preuve» manquante - celle-là même du viol, et de la tuerie -et qui conduit a à ce que tous les soldats interrogés donnent leur version, qui ne pourra pas être vérifiée. La dénonciation des techniques de manipulation verbales qu'exerce la hiérarchie, à vouloir effacer les exactions et maintenir l'image d'une armée irréprochable. (une scène identique dans cette série docu-fiction "making a murderer", lors de l'interrogatoire de la police sur un jeune accusé, l'amenant à répondre de la manière souhaitée par les forces de l'ordre). Appuyant sur la force de persuasion liée à l'autorité. Affligeant ici encore.

« Jouant » sur les moyens de communication, films d'amateurs des soldats, de journalistes, de messages vidéos sur internet, de caméra de surveillance, De Palma nous perd. C'est le but on imagine, mais l'ensemble est parfois trop voyeur voire grossier pour y adhérer complètement, et la visée contestataire, notamment dénoncer par rebond le rôle des médias et leur manipulation, se trouve amoindrie. Le message perd de sa force par une ambiance bon-enfant de ces soldats, de situations potaches qui confèrent au film un côté ironique et cynique au détriment d'une véritable étude des effets de la guerre et de ses répétitions. La musique de Haendel renforce le décalage et pour terminer les images en fin de film, réelles, du travail d'un photographe nous ramènent à la réalité.
Reste le message, mais voir « Outrages » devrait aussi suffire.

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