Pas de bras pas de chocolat (hum...désolé)

Avis sur Requiem for a Dream

Avatar Slowvlaki
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Beaucoup reprochent à Aronofsky de multiplier les scènes trash dans Requiem for a Dream (surtout à la fin) dans le soi-disant but de choquer l'ado de 15 ans qui, en sortant du film pourra poster sur facebook des messages très philosophiques tels que : "tro bi1 se film il montr tro lé dangé de la drog olol" ou en mode plus emo : "tro dla merd la vi men fou je vai me drogué kom dans rekiem for a drim".
Il ne faut pas oublier que le deuxième film de Darren Aronofsky est avant tout une adaptation du roman "Retour à Brooklyn" de Hubert Selby Jr (auteur préféré de Lou Reed), pas vraiment réputé pour écrire des romans pleins de bons sentiments à l'eau de rose (au contraire). Un auteur capable d'écrire quelque chose d'aussi sale que la nouvelle "Tralala" (dans le recueil "Last exit to Brooklyn") ne peut pas être adapté au cinéma sans éviter le trash, et là-dessus je ne pense pas que l'on puisse blâmer Aronofsky.

(Par ailleurs, pour l'anecdote, Hubert Selby apparaît dans le film en tant que policier raciste insultant le personnage de Tyrone).

Le problème, c'est plutôt que là où l'écriture de Selby est implacable et sèche, Aronofsky abuse de musique grandiloquente (bon, tout le monde sait de quelle musique je parle en particulier, on l'a déjà entendue 15 000 fois dans les reportages TF1 moisis sur la délinquance juvénile), comme pour appuyer inlassablement (et assez lourdement il faut avouer) la déchéance des personnages. De plus, la réalisation clipesque (certes plutôt adaptée à l'écriture parfois saccadée de Selby) fait que l'ensemble du film manque clairement de naturel, on ne ressent pas vraiment le mal-être des personnages tant la réalisation use et abuse d'effets "trop méga cool de la mort qui tue". Bon, comme je l'ai dit avant, je ne la trouve pas spécialement désagréable, juste écoeurante pendant 1h40.

Par ailleurs, les personnages manquent de profondeur, étant simplement décrits comme des foutus junkies. Bon ok, le personnage de Tyrone semble regretter ses relations affectives avec sa mère, mais honnêtement on s'en fout un peu. Les scènes de dialogue entre les personnages de Harry et Marion auraient pu permettre de les développer davantage, seulement elles sont totalement ratées et plus énervantes qu'autre chose (phrases de pseudo-romantique à la con : "You're the most beautiful girl I've ever seen" + violons larmoyants).

Toutefois, le film n'est pas dénué de qualités : Ellen Burstyn est très bonne, et il faut la voir bouffée par les médocs demander la destination du train aux gens ébahis par sa déchéance physique. Si ses hallucinations peuvent parfois paraître grand guignolesque (le coup des gâteaux qui tombent du plafond était dispensable), elles parviennent aussi à créer un sentiment de malaise, voir de vertige.
D'ailleurs, en écrivant la critique, je me rends compte que les passages que j'ai le plus appréciés sont sans doute ceux avec le personnage de Ellen Burstyn... (la plus seule, sans doute)

Au final, on ne peut que regretter le parti pris de Aronofsky qui joue la facilité en utilisant la corde du misérabilisme à outrance (sensation de misérabilisme fortement appuyée par la musique de Clint Mansell il faut dire), et qui semble s'amuser avec la réalisation (comme un enfant avec ses nouveaux jouets), certes survitaminée, mais qui, au final est tellement redondante qu'elle finit par desservir le film.

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