L'enfer est pavé de bonnes intentions...

Avis sur Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City

Avatar Oudouard
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Resident Evil fait partie de mon ADN. Depuis ce jour de 1997 où, âgé de 13 ans, je découvre chez un ami Resident Evil Director’s cut. Tout d’abord l’intro, totalement cheap, mais déjà totalement culte avec son goût d’interdit (mon pote me dit qu’elle est non censurée…), puis les premiers pas dans le terrifiant manoir Spencer, la première rencontre avec un zombie, les portes, les musiques, tout, jusqu’aux mythiques tenues des S.T.A.R.s s’encre durablement dans ma mémoire jusqu’à ce que le chef d’œuvre Gamecube de 2002 enfonce le clou, sublimant ce premier épisode pour devenir le classique incontournable du jeu vidéo que nous connaissons tous et qui trône, aujourd’hui encore, dans mon top 3 de tous les temps (aux côtés de Final Fantasy VII et The Last of Us).
Mais dès le premier épisode, je deviens fan, obsédé. Je recopie les documents sur un cahier, je dessine les personnages, je commence une BD et j’en fait même le sujet d’une rédaction en 6ème !
Inutile de dire que la nouvelle d’un reboot plus fidèle que l’abominable saga de Paul W.S. Anderson a ravivé l’intérêt de l’ado qui sommeille toujours en moi. Le nom de Johannes Roberts ne semblait pas des plus rassurant mais les intentions du bonhomme, elles, semblaient des plus louables. Je restais toutefois sur mes gardes tout en espérant une bonne série B bien troussée (ce qu’était déjà le premier épisode d’Anderson, seul à trouver grâce à mes yeux bien qu’il s’agisse tout de même d’une mauvaise adaptation) à défaut d’un chef d’œuvre du cinéma d’horreur, ce que pourrait pourtant être une vraie bonne adaptation digne de ce nom soit dit en passant.

Hélas, l’enfer est pavé de bonnes intentions…

Les références de Roberts font plaisir. Il parle de Stephen King et évoque Derry, la ville de Ça pour parler de Raccoon City, cite volontiers Carpenter et son Assaut pour sa partie dans le commissariat… mais de tout cela, il ne subsiste pas grand-chose à l’écran. Certes, Roberts n’est pas aidé par un budget que l’on devine assez serré. Mais cela ne fait pas tout. Johannes Roberts n’est tout simplement pas à la hauteur. Ce n’est pas un très bon réalisateur mais il est, surtout, un mauvais scénariste.

Le problème majeur de ce film, et qui suscitait déjà ma crainte, c’est le fait d’avoir l’ambition absurde de nous raconter en un seul film les deux premiers épisodes de Resident Evil, là où il aurait sans doute paru plus logique de lier le second avec Nemesis pour une suite doté d'un plus gros budget. En résulte un film qui doit condenser en moins de deux heures beaucoup trop de choses. Trop de personnages, de lieux, d’intrigues, de sous-intrigues… Ce qui a pour effet dévastateur de tout survoler, tout en se payant le luxe d’être un film au rythme assez lent et qui perd son temps sur des éléments inédits pas forcément très judicieux (oui, je parle de toi la voisine !)

Premières victimes de ce choix : les décors. Un jeu Resident Evil, les premiers du moins, c’est avant tout un lieu clos, unique, que l’on explore progressivement, que l’on apprend à connaître petit à petit, avec des endroits dans lesquels on revient régulièrement. Bref, le décor est un personnage à part entière. Ici, qu’il s’agisse du manoir ou du commissariat, nous n’avons pas le temps de nous familiariser avec l’endroit. Nous n’en sentons jamais le poids, l’identité, le caractère. C’est d’autant plus dommage que la reconstitution du fameux hall du manoir est impressionnante de fidélité (échelle mise à part mais bon, on ne va pas chipoter). Et qu’en fait Roberts ? Une poignée de plans, à peine plus que ceux qui apparaissent dans le trailer, et puis adieu ! Là encore, comment rendre le mythique anecdotique. Et ce n’est pas les heures régulièrement affichées à l’écran qui permettent de rendre compte de la longue nuit d’horreur que traversent les personnages. Tout pourrait être en temps réel que ça ne changerait rien, l’exploration du manoir ne se résumant qu’à une pièce et quelques couloirs. Et pour l’assaut du commissariat, on repassera également. Une visite dans les cellules, une fusillade dans un couloir et basta.

Les personnages et leurs interactions sont également très en deçà de ce que l’on pouvait espérer. J’ai bien conscience qu’à travers les jeux vidéo, ils ne sont pas forcément très développés mais le film était justement l’occasion pour pallier à ce manque. Il n’en sera finalement rien. Ils n’ont pas grand-chose à défendre et sont servis par des dialogues de piètre qualité (le plus gros point noir, je dirai, du métrage). Un exemple très parlant : on nous pose que Chris en pincerait pour Jill alors que ces deux là n’ont finalement quasiment aucune interaction entre eux de tout le film. Je n’ai même pas souvenir d’une scène ou d’une réplique échangée entre ce binôme O combien cher au cœur de tous les joueurs. Il y a bien la tentative de créer un lien paternel (assez maladroit) entre les frangins Redfield et William Birkin par le biais d'une enfance passée en orphelinat, mais, là encore, c’est assez pauvre.
Au final, la surprise vient du traitement du personnage de Leon S. Kennedy. L’idée d’en faire un novice totalement inexpérimenté, voire un branquignol total, n’est pas mauvaise en soi. Il y a une réelle envie de proposer quelque chose mais l’exécution est encore laborieuse, Roberts étant par exemple incapable de montrer la paresse et le désintérêt de son personnage pour son job autrement qu’en en faisant une sorte de narcoleptique qui s’endort partout et tout le temps.
Il y a aussi le cas de Wesker, personnage emblématique s’il en est, réduit ici à l’état de grand dadais un peu simplet. Je comprends la logique que poursuit l’auteur après avoir fait de Raccoon City une petite ville fantôme habitée par une petite poignée d’habitants. En découle un commissariat minable rempli de flics médiocres. Exit donc les supers flics des STARs désormais réduits à l’état d’unité d’intervention de bas étage. Pourquoi pas. Mais exit aussi, donc, l’aura de nos personnages préférés…
Pareil pour la démoniaque société pharmaceutique Umbrella, paradoxalement présente dans des centaines de plans par le biais de pubs ou d'affiches, mais dont la représentation réelle frôle le vide absolu. Autant le labo de la version d'Anderson n'avait aucun sens dans sa démesure, autant là, le film sombre dans l'excès inverse. Pour la dimension internationale, on repassera.
Et je me mets également à la place des spectateurs n'ayant jamais joué aux jeux. Ces derniers risquent de lever un sourcil devant l'absence totale de justification sur la présence, ici, d'un licker en centre vile, là, d'une Lisa Trevor dans un orphelinat (entravée aux poignets mais libre comme l'air depuis son enfance, va comprendre !). La cohérence n'est donc pas non plus au rendez-vous. Mention spéciale pour les zombies, tantôt amateurs de chair fraiche, tantôt joueurs de cache-cache professionnels !

Alors bien sûr, le film a des qualités. Il s’agit des choix techniques découlant des références évoquées plus haut. Roberts a déjà l’audace de bien situer son récit en 1998 comme le jeu original et traduit cela par sa palette de mise en scène. Le grain à l’image est présent, les zooms sont là pour mon plus grand ravissement (j’adore les zooms !), l’utilisation de focales sphériques donne un certain cachet (avec ses bords cadres qui arrondissent les angles et les lignes droites). Roberts s’est interdit l'utilisation de technologie trop moderne comme les drones, privilégiant les plans à la grue. Bref, ce côté old school n’est pas pour me déplaire et donne au film une allure totalement rétro, assez inédite aujourd’hui. En ce sens, Resident Evil est un film incroyablement singulier.

En revanche, la bande originale ne m’a pas spécialement marquée. Peut-être qu’une écoute en solo me permettra d’en découvrir l’éventuelle qualité. L’apparition de quelques mélodies tirées des jeux n’auraient pas été pour me déplaire.... Plus que le trop gros nombre de tubes tirées de 90’s là pour nous rappeler, sans grande subtilité une fois de plus, à quelle époque se déroule le récit.

Bref, ce film fut pour moi une belle promesse non tenue. La franchise est entre les mains d’un authentique fan, respectueux du matériau original mais incapable d'aboutir à un résultat solide, prenant ou terrifiant. Maintenant, en tant que gros fan irraisonné, j’irai bien sûr voir la suite probable (restez pour le générique) qui lorgnera peut-être vers Code Veronica, de loin l’épisode le plus solide scénaristiquement parlant de la saga vidéoludique. À moins que l'on parte sur Resident Evil 4, épisode bourrin qui révolutionna le Third Person Shooter mais qui signa également le déclin de la saga en terme d'univers et de mythologie. Je me demande si Roberts ne devrait pas laisser Veronica tranquille... à moins qu'on ne lui suggère poliment d'aller se trouver un co-auteur digne de ce nom !

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