J'en prendrai pour un dollar.

Avis sur RoboCop

Avatar Gerwin Music
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Ahlala, Robocop. Je l'ai vu à sept piges je crois, et c'est aujourd'hui le genre de film que je me mets pour m'endormir quand je rentre saoul, comme une berceuse.

Je les vois, ces éclaireurs effarouchés, qui y touchent du bout des doits, dans le genre "Oui alors c'est un blockbuster mais il est en effet très critique sur la société et très politique, même si les costumes ont un peu vieilli".
Tu me fais rire tiens.
C'est comme les faux rockers ça. Ils portent la veste en cuir mais ils s'épilent sous les bras et boivent de la despe'.
Je les vois disserter dessus comme des bobos qui osent pas se faire chier devant une performance.

Non mon gars, inspire à pleine narine la moiteur fielleuse du style Verhoeven. Tu la sens, la fumée poisseuse de Détroit ? Je te vois tousser l'ami, mais c'est ça, le truc. Vire-moi cet air pincé, tu l'as dis toi-même que tu l'aimais bien ce film, alors assume, non ?
"Il y a plusieurs niveaux de lectures, ce qui en fait un métrage tout à fait intéressant dans le paysage hollywoodien de cette époque" tu me dis ? Allez, lâche-toi un peu... On le sait ça, fais pas comme si c'était subtil. C'est ouvragé avec d'authentiques gros sabots hollandais, alors laisse-moi te dire que tu fais un peu tâche avec tes petits mocassins à la con et ton air freluquet.

Allez fais un petit effort, parle-moi du vrai Robocop, parle-moi de ses tripes. Aies pas peur de te salir, t'iras te laver après devant un Xavier Dolan (oops.).
Tu dis ? La violence ? Oui ! Voilà, tu vois quand tu veux. C'est un bon début. Très violent en effet, comme on se l'est peu permis avec autant de décomplexion, je ne te le fais pas dire amigo. Tu le sais bien, avec Verhoeven, quand un mec se fait dessouder, c'est toujours des gros bouts de steaks qui volent à chaque impact de balle. Alors quand c'est l'ED-209 qui te canarde, je te raconte pas le carnage, il reste plus que les arêtes.
Oui, avec cet amour du sound design bien évocateur, au cas où tu clignes des yeux. Toi tu la trouves un peu gratuite, cette violence. Moi je dis qu'elle s'assume et qu'elle se prend pas non plus trop au sérieux.
Robocop a du style ? Bah ouais coco. Je veux dire, il a une sacrée classe même. Ce petit dosage savant, entre l'iconique et le risible. Le gun trick de TJ Lazer et la bouffe pour bébé. Et puis oui, l'apparition de Robocop, toute en progression, tout en suggestion, avec ce son unique, t'as déjà franchi la barre du culte depuis un moment.
Les méchants un peu clichés. Je peux pas te donner tort sur ce coup-là. Mais ils sont pas géniaux, franchement ? La quintessence du salaud. L'arriviste sniffeur de coke, les vieux fumiers machiavéliques en costard et puis, Clarence Boddicker quoi. Le mec suppure un charisme enfiellé et acrimonieux, ça déborde de l'écran. Oui je sais, moi aussi j'adore comment il meurt, avec toujours ce sound design surréaliste pour les giclées de sang, mais tellement approprié.
Et puis je vais te dire un truc, toi qui affectionnes la profondeur, au fond hormis notre cher Clarence, ces vieux cons de l'OCP ne sont pas si clichés que ça, je pense qu'on est dans la gamme classique de ce qu'on peut trouver comme corporatistes lobbyistes répugnants dans le réel le plus tristement orthodoxe. Pour une fois je dirais même que Verhoeven n'a pas eu à trop forcer le trait.
Enfin bref, tu vois tu commences à comprendre, mais t'excites pas trop quand même, je te vois trembler du genou là.
Oui, oui, moi aussi j'en prendrai pour un dollar. Ca t'a fait marrer alors ? Je suis d'accord avec toi, on est dans le malgracieux un tantinet rustique, mais est-ce que c'est pas ça qui lui donne aussi cette saveur toute singulière, un côté ketchup mayo fait avec des produits frais qui fait que quand on chéri un Verhoeven, on n'est pas dupe des raisons ? Bah ouais mon pote, c'est à bras-le-corps qu'on le prend ce film, son côté punk irrévérencieux avec.
Mais c'est pas non plus pour rien que t'as mis les pieds dedans tu sais. Passé ce côté jouissif que je voulais absolument que tu saisisses, on peut tout à fait parler de l'aspect plus profond et viscéral du film. Bien sûr, la critique de la société, du capitalisme et des média, catégorique, brusque et cuisante. Du monde de l'argent qui rachète les services publiques. Un film de gauche, si tu me permets, fait à Hollywood, ça te donne pas un petit début de trique ?
Et puis il y a le parcours du héros, d'abord humain, puis machine, pour finalement réapprendre à devenir humain, l'organique qui reprend la mesure, et le casque qui se dévêt. Alors je les entends déjà glousser si j'affirme trouver ça beau en parlant de Robocop, mais, quand tu sais que t'es pas seul à le penser, ça te passe au dessus de la casquette mon ami. Toi et moi on n'y peut rien si ils sont restés sur "50% Homme, 50% Machine, 100% Flic".
L'ultime pet rance d'Hollywood pour le retour sur investissement, et tu vois, y a un paquet de cons qui ont vu le film pour ça, mais y a un autre gros paquet de cons qui renâclent à l'idée de mater pareille bouse, pensent-ils.

Enfin bref, tu vois, c'était pas nécessaire d'en faire des caisses. Maintenant t'as plus besoin de faire semblant d'aimer, je crois que t'as pigé le truc. Parfois faut juste sauter à pieds joints dedans.
Oui, je sais que tu te la fends bien avec tes potes en cols roulés devant des nanars le samedi soir, mais laisse-moi te dire que ça te rend pas moins bobo pour autant. Allez, va, je sens bien que tu fais des efforts. La semaine prochaine on se fait Total Recall. Tu vas voir, on va bien se marrer.

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