His story of violence

Avis sur Rocco

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Après avoir suivi l’arrivée de Benjamin Millepied à l’Opéra National de Paris, le tandem Demaizière/Teurlai s’attaque à un autre chorégraphe, Rocco Siffredi.
On nous annonce d’emblée une plongée sans fard dans les coulisses d’un milieu, une confession intense, un nouveau regard porté sur cet empire qu’est le porno et sur lequel règne le dieu Rocco depuis des décennies.

Le porno, c’est le règne du fake : les documentaristes semblent s’être donc pliés à la règle, tant leur film sonne faux. De la déclaration initiale de Rocco sur sa retraite sonnant comme une libération face à ses démons aux confessions psychanalytiques à deux sous (en gros, maman m’a regardé me masturber, je fais donc tout ça sous son patronage bienveillant), on a du mal à croire à toute cette mise en scène qui vire souvent à l’hagiographie par le pathos : et que je vous dis des choses que personne ne sait, et que je pleure face caméra, et que je pose des questions à mes garçons sur mes activités (s’il a attendu d’être filmé pour le faire, c’est beaucoup plus inquiétant que toutes ses affirmations sur son addiction au sexe)… la légende se poursuit avec une nouvelle caution, de la même façon que le porno se banalise et devient une culture assumée par les masses.

C’est d’autant plus dérangeant que le fond du film donne à voir une violence assez radicale. A l’exception d’un témoignage d’une actrice chevronnée expliquant qu’elle recherche ces sévices et qu’ils participent à une émancipation de sa force féminine, le reste du film montre surtout de la chair à caméra incapable de dire non à quoi que ce soit au dieu du hard. Ce discours pseudo-idéologique final est d’ailleurs particulièrement mal placé, puisqu’il donne l’illusion que toute les actrices sont dans cette joyeuse bande avec un enthousiasme absolu, vive les bleus et l’étouffement après la petite scène de discussion tendre devant la caméra, supposément off.

Mais on ne s’y trompe pas longtemps : les effets de mise en scène (fausse pudeur des scènes de tournages qui n’épargnent pas grand-chose), un recours à la musique insupportable pour donner ses gages de « gravité » au propos, des « instants vérités » complètement surfaits (les soi-disant pétages de plomb du cousin) sont autant d’indices sur l’écriture surlignée de tout cet ensemble.

Les discussions des « créateurs », leur professionnalisme, sont honorés à plusieurs reprises : costumes, position, dialogues (si, si…) on en oublierait presque le ridicule et le beaufitude du produit fini. C’est à l’image du travail proposé par les réalisateurs : un récit de plus, qui n’obtient rien de plus que ce qu’on a bien voulu lui donner. Et dans le porno, on ne donne rien d’autre que des illusions.

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