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Rock'n' Roll par pierrick_D_

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Lors d'une interview,Guillaume Canet réalise brusquement que son image publique est en total décalage avec ce qu'il ressent.Il se rend compte qu'il est quadragénaire,que les rôles de jeunes premiers c'est fini pour lui,que son apparence trop lisse et son état de mari et père de famille l'empêchent de s'accrocher au bataillon des quadras sexys dont fait partie son pote Gilles Lellouche,que son statut d'acteur bankable est remis en cause par la meute de jeunes loups style Pierre Niney ou Gaspard Ulliel qui poussent derrière.Complètement paniqué,il perd les pédales et se met à faire n'importe quoi pour remédier à la situation.Il sabote le film qu'il est en train de tourner,il se fâche avec tout le monde,il quitte le domicile familial et se réfugiera in fine dans la chirurgie esthétique et la gonflette pour terminer dans une série américaine débile avec le corps de Schwarzenneger période 70-80 et la tronche des Bogdanoff aujourd'hui.L'autofiction est un genre très couru en littérature mais beaucoup moins sur écran.Il s'agit pour les auteurs de raconter leur vie mais en la romançant.On joue avec la vérité,le fantasme et ce que le grand public croit savoir de la vie des vedettes.Ce n'est pas tout-à-fait faux mais c'est loin d'être vrai.Diverses tentatives ont été faites en France depuis quelques années.Il y a eu "Les acteurs" de Bertrand Blier,un gros ratage,"Le bal des actrices" de Maïwenn,une jolie réussite,ou encore la lamentable série télé lèche-cul "Dix pour cent".Ce jeu entre réalité et illusion consiste généralement à humaniser les stars,montrer leur quotidien en réalité "si simple",et à ironiser sur leur image.Blier proposait ainsi un catalogue égrenant l'alcoolisme de Villeret,les accidents de moto de Depardieu,l'homosexualité de Brialy,la vulgarité de Balasko,la voix de Marielle,la mégalomanie de Delon ou la nostalgie de Brasseur.Maïwenn allait un peu plus loin en pointant l'angoisse des comédiennes face à la beauté qui s'envole avec l'âge et le déclin de la carrière qui s'ensuit.Canet,lui,sort la carte du burlesque masochiste et passe son temps à s'auto-dénigrer et à se ridiculiser.La version de lui-même qu'il propose est si dévalorisante qu'elle en perd toute portée et s'apparente paradoxalement à un exercice d'auto-satisfaction genre "regardez ce que je me mets dans la gueule,regardez comme j'ai du recul,regardez comme je ne suis pas dupe de mon succès et de mon statut de star".En plus,le film est mal foutu et se résume à une suite de scènes décousues qui voient le personnage s'enfoncer systématiquement dans une connerie pure qui confinera à la folie.On ne voit jamais très bien où tout cela veut en venir,d'autant que les auteurs brouillent le message.Il semble au départ qu'il s'agisse de dénoncer le diktat de l'image,du jeunisme,de l'apparence,qui rend cinglés les gens du showbiz stressés par la perspective du désamour et de l'oubli.Mais la conclusion indique au contraire que les efforts pour changer et s'adapter à la demande,fussent-ils démentiels, finissent par payer et valent le coup.L'humour qui baigne le film est d'une lourdeur qu'on n'a plus guère connue depuis les grandes heures de Max Pecas ou Philippe Clair dans les seventies.C'est usé,indigeste,pas drôle,et on s'attend presque à voir le héros marcher sur un râteau ou se prendre une tarte à la crème dans la gueule tellement c'est daté.Naturellement,si Canet s'attache à se malmener,il prend soin aussi de présenter son entourage sous un jour totalement favorable.Tout le monde joue ici son propre rôle et tout le monde est génial.Marion Cotillard est une compagne adorable et d'un dévouement confinant à la sainteté,Gilles Lellouche est un ami d'une solidité et d'une fidélité inébranlables,Philippe Lefebvre est un réalisateur d'une patience angélique,Yarol Poupaud et Maxim Nucci,qui signe la musique sous son pseudo de Yodélice,sont des potes musicos trop trop funs,Alain et Yvan Attal sont des producteurs super sympas pleins de sollicitude,Ben Foster est l'ami américain qui gère avec délicatesse les délires de son french friend.Les seuls salauds sont les paparazzi et la plèbe qui dégaine son portable pour immortaliser Guillaume dès qu'il est en mauvaise posture.Pour aérer un peu la mélasse ambiante,Canet balance au hasard quelques vieux tubes,du Demis Roussos ou du Céline Dion, destinés à souligner l'indécrottable ringardise d'un personnage auquel il donne constamment une mine ahurie proche de la trisomie,car la subtilité est ici décidément en option.Il n'a jamais été aussi mauvais et son personnage est trop stupide,trop excessif et trop entêté pour convaincre.Le fond est touché lors de la scène pathétique avec Johnny et Laeticia Hallyday qui ne paraissent pas capter à quel point ils se couvrent de merde.Cependant,quelques séquences fonctionnent et parviennent à entraîner ce délire hilarant que cherchent généralement sans succès les auteurs.On peut retenir les commerçants du quartier qui appellent Guillaume "monsieur Cotillard",le perfectionnisme aberrant de Marion qui parle le québécois du matin au soir quand elle répète un rôle pour Xavier Dolan,le pétage de plombs des Attal excédés par les frasques monumentales de leur comédien,les improvisations ahurissantes de Canet sur le tournage d'un film ou la débilité assez réaliste sous la parodie de la série ricaine avec un crocodile.Jolie inspiration également quand Canet envoie le formidable "Forever young" d'Alphaville,particulièrement pertinent au moment de son départ pour les States à l'aéroport.Eh oui,"do you really want to be forever young?",that is the question.

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