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Rocky par Alligator

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Je ne sais plus combien d’années ont passé depuis la dernière fois que j’ai vu ce film : plus de trente ans certainement. Je redoutais par conséquent quelque chose de trop vieilli, un film trop ennuyeux, chargé mélodramatiquement. En fait, il s’avère plutôt bien équilibré. Heureuse surprise.

Je remarque tout de même qu’il est vraiment à part dans la série des Rocky, très différent, dans le fond comme dans la forme. L’idée générale n’est pas bien originale : le bon vieux mythe du rêve américain. Le cinéma hollywoodien s’en paluche régulièrement et depuis des lustres.

Dans ce genre très précis, le film garde une bonne tenue : maîtrise, lisibilité, rythme intéressants. On peut dire qu’il suit les étapes pas à pas, de façon très classique en tenant bien son récit jusqu’au bout, alors que les épisodes suivants chercheront au contraire à satisfaire des appétits plus primaires au détriment de la crédibilité ici encore bien présente.

Ce premier opus reste dans les clous d’un certain réalisme. C’est sûrement ce trait caractéristique qui donne au film sa régularité par rapport à la franchise “Rocky” dans son ensemble. La photographie appuie cet aspect “rustique” avec une lumière plutôt sombre, des couleurs bleues, sombres, crues. Cette image tire le film vers une esthétique propre à l’Hollywood des années 70 (on pense aux films avec Pacino, Hoffman ou Hackman), ces films marqués par leur noirceur.

Rocky est aussi un film de boxe, évidemment, mais en terme de chorégraphie, de captation de l’action ou bien de réalisme sur ce sport en particulier, il n’est pas des plus crédibles. La maladresse technique de Sylvester Stallone, le positionnement de la caméra, le rythme des combats, ou pire encore l’outrance des maquillages font que l’on est un peu déçu sur ce plan là. Les vieux films noirs des années 50 sont mille fois plus impressionnants et nous font mieux vivre ce sport, son intensité que ce Rocky.

Mais cela n’a pas de graves conséquences, car le film ne repose pas énormément sur ce sport, paradoxalement. Il construit sa narration sur un autre thème majeur, l’ascension sociale de Rocky Balboa à la fois par le sport mais également et surtout par sa relation avec Adrian (Talia Shire). Ce premier Rocky est un film romantique avant tout.

Est-ce un film social? Pas vraiment : son regard sur la société pauvre américaine n’est pas des plus positifs. Le frère d’Adrian (Burt Young) est d’un cynisme redoutable. Rocky rencontre pas mal de déchets humains. L’argent corrupteur est roi et rien ne semble suivre une autre logique, à part le couple Rocky et Adrian. La vision de l’Amérique est sans concession, ni compassion non plus. Le film est rugueux, ne se voile pas la face et l’on peut même se demander d’où peut bien venir l’humanité de ce personnage.

Parlons-en de Rocky Balboa : il est bon, un peu con, mais il a suffisamment de cervelle pour se rendre compte de sa naïveté. C’est du pain béni pour Sylvester Stallone et le parallèle avec l’acteur, sa trajectoire est étonnant de netteté. Similitude incroyable. Sûrement son meilleur rôle, même si Rambo lui donnera une autre envergure, d’autres opportunités, une incarnation plus politique, celle des frustrations post-vietnam. Je ne suis pas spécialement admiratif du comédien, mais j’avoue que la rencontre entre ce personnage et cet acteur a quelque chose de miraculeux et par conséquent d’assez émouvant.

Captures et trombi

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