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Avis sur Rogue One : A Star Wars Story

Avatar Neeco
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Des rires.

Ce qui ressort de mon expérience de Rogue One sont des éclats de rire. Ne nous méprenons pas, il ne s’agit ni d’exclamations bienveillantes de ma part, ni même de rires sarcastiques. Pendant la séance, un enfant était assis derrière moi, sans que je le remarque de prime abord. J’ai entendu ses réactions spontanées tout le long du film et, loin de me déranger, ça m’a projeté des années en arrière, lorsque la magie du cinéma opéré sur moi de manière inconditionnelle, lorsque la salle obscure était précédée d’un trépignement enthousiaste lors du trajet en voiture. Cet enchantement du monde et du cinéma propre à l’enfance qui s’évanouit dans les tracas du quotidien. J’ai beaucoup de respect pour les adultes ayant gardé un œil lucide sur le monde tout en jouissant toujours de ce précieux émerveillement qui donne toute sa saveur au cinéma.

Mon esprit critique s’étant indubitablement acéré, pensé-je pour me convaincre qu’il ne s’agissait pas d’une profonde lassitude, fruit d’une accumulation inexorable de films et d’années, j’ai essayé de comprendre les réactions de ce gamin derrière moi. A chaque éclat de rire, je voyais l’image du produit vendu par Disney dans les grandes surfaces. Je voyais ses yeux émerveillés, rayonnant de bonheur à l’ouverture de ses cadeaux.

Rire. Un Destroyer géant en lego. Hors de prix.

Rire. Une mitrailleuse laser badass en plastique. Accessible pour Noël, en économisant un peu.

Rire. Un robot impérial reprogrammé. Articulé. De bonne facture.

Pendant toute la diffusion du film, j’ai lutté contre une condescendance trop facile et stérile qui ne mène nulle part. J’espère avoir passé cette période adolescente où je me figurais que tout ce qui visait une exploitation commerciale était forcément malveillant et indigne d’intérêt. Les choses ne sont, fort heureusement, pas aussi binaires, surtout dans le cinéma où les intrications sont parfois vertigineuses.

Et pourtant, Rogue One m’a profondément déçu. Il ne s’agit pas d’une vraie détestation, je lui reconnais un sens du marketing de très haut vol, mais c’est justement ce dernier point qui m’agace. Toute l’équipe ayant travaillé sur le film, voire même les cadres de la production Disney, sont visiblement des personnes intelligentes, qui comprennent vraiment ce qu’est le cinéma, qui ont compris ce qu’était Star Wars dans l’imaginaire collectif, ce qui représente quand même un sacré tour de force (peut-être sont-ils eux-mêmes des fans de la première heure) mais qui ont construit ce film en le vidant délibérément de toute substance. Jamais l’aspect lisse et convenu d’un blockbuster ne m’aura autant frappé. Un blockbuster est un produit, il faut le vendre au maximum de personnes en le rendant le plus vaporeux et consensuel possible. On retrouve donc sans surprise et en vrac : des schémas remâchés à l’envi, des personnages ni trop chiants (un enfant se lasse vite), ni trop rigolos (Star Wars c’est pas pour les gamins, c’est du sérieux), une narration si linéaire qu’elle ferait passer la Route 66 pour une route escarpée de montagne…

Vraiment, je n’ai rien en particulier contre ce film, les premiers Star Wars sont tout autant des blockbusters, chacun ayant un impact sur une génération différente. Je trouve dommage que son existence nous prive du Rogue One qui existe dans l’ombre, ce film avec une vision d’auteur, ce film profondément science-fictionnel nous permettant de voyager, jouant avec des thématiques que la science-fiction a su nous transmettre par le passé et qui ne s’arrêtent pas dans l’immédiateté du visionnage d’un film, à sa consommation rapide, mais qui se ruminent, se mâchent et se mûrissent pour faire évoluer ce cinéma encore si jeune.

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