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Rolling Thunder Revue par XavierChan

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Rolling Thunder Revue est la nouvelle démonstration de Martin Scorsese qu'un matériau réel peut, entre les mains d'un prestidigitateur pétri d'admiration pour la légende Dylan, devenir un pur objet de cinéma délicieux et haletant.

La tournée avec le Rolling Thunder sonne comme une thérapie pour Dylan : s'éloigner du star system (la tournée finale de The Band), oublier un temps la séparation (déjà entrevue dans l'un de ses chefs d'oeuvre, Blood on the Tracks), rencontrer au plus près le peuple dans des salles à taille humaine et, comme des troubadours et/ou gitans, aller de ville en ville en bus. C'est tout un paysage des Etats-Unis où nous convie Dylan et ses guest stars : on y parle des Indiens, de la poésie beat, d'amour amer, de protestations et d'injustices, sur fond de musique rageuse et rythmée comme des cérémonies vaudou.

On y voit un Dylan maculé de peinture, transpirant de musique, parfois en transe lors de prestations extraordinaires ("Isis", en tête), s'accaparer la scène pour l'occuper totalement. Et peu importe si le micro central n'enregistre pas le son de l'harmonica qu'il maltraite car Bob est déjà loin, très loin, planqué derrière ses zicos tous admirables et discrets. L'énergie hippie dépeinte ici est remarquable, graphique, bricolée et forcément cool. Dylan ne s'y adonnera plus, sauf à Jesus Christ quelques années après en conviant Mark Knopfler et la Bible lors de tournées funky.

Bob Dylan le caméléon, le charlatan (ici quid du vrai du faux?), interviewé par Scorsese comme dans No Direction Home. Le cadrage est le même mais en mode miroir. Les rides en plus, la voix encore plus nasillarde qu'on devinait dans ses album des années 2000. On ne savait même plus, d'ailleurs, quelle était sa voix, il aura bien fallu un M. Scorsese pour convaincre la légende de parler face caméra plus de dix ans après avoir donné sa dernière interview. Fan service total et assumé, le cinéaste prenant le temps de capter, parfois, des prestations en intégralité. Joni Mitchell irradie l'écran par sa beauté triste le temps d'un jam folk dans une baraque au Canada avec un Roger McGuinn défoncé et Dylan à la guitare. On redécouvre "Isis" et ses vieux standards folk avec une vraie fraîcheur. On se surprend de préférer Hurricane dans sa version live, plus tranchante. On repense aux entourloupes totalement volontaires de Scorsese de brouiller les pistes avec des histoires à dormir debout; tout était déjà pourtant annoncé dans le titre : "A Bob Dylan Story By Martin Scorsese".

Pour les admirateurs de Bob Dylan, c'est du pain béni. Pour les autres, un grand moment d'images assemblées et de personnalités importantes issues de la contre culture américaine vues sous un jour totalement libre. Jusqu'au générique final et le recensement des milliers de tournées jusqu'en 2018 et un "dernier rappel" en total accord avec son sujet, Rolling Thunder Revue est une pure attraction et le témoignage d'une expression artistique sans fin pour Dylan.

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