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Roma par yhi

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Après Gravity signant son apogée Hollywoodienne, Alfonso Cuaron s'en retourne au Mexique pour tourner Roma, un film plus personnel, racontant les drames et les joies d'un nid familial. Le résultat est techniquement irréprochable, mais manque d'émotion.

Roma est un film qui fonctionne par couches. La première apparition de ces différentes couches est dans la profondeur de champ. Cuaron fractionne la plupart de ses cadres de manière à ce que l'action se déroule toujours à plusieurs niveaux de profondeur. Un premier exemple est une scène se déroulant au cinéma (avec un film dans le film, donc encore des couches) où l'on peut suivre ce qui se passe à l'écran (un De Funes !) mais en même temps assister à un drame conjugal semi silencieux au premier plan. Un autre exemple est la scène de l'accouchement où une très faible profondeur de champ est paradoxalement utilisée pour insister sur ce qui se déroule à l'arrière plan. De la même manière, l'ensemble des scènes du film impressionnent par la maitrise du cadre, du positionnement des personnages et de l'action dans ce cadre et de la façon qu'à Cuaron de diriger l'attention de son spectateur.

Les différentes strates se retrouvent aussi au niveau sonore où l'aspect stéréo renforce la sensation de présence dans la famille en faisant entendre des voix et des bruitages tout autour de nous. De la même manière que dans Gravity, le son est une grande source d'immersion, tour à tour rassurant ou oppressant, allant des fracas d'un incendie qui s'étend aux dialogues murmurés. On peut de ce point de vue regretter d'autant plus la diffusion du film sur Netflix étant donné que la plupart des spectateurs n'auront pas de dispositif audio capable de retranscrire cet ensemble sonore subtil.

Les couches sont aussi scénaristiques puisque le film navigue entre l'intimité de la famille et en arrière plan, l'histoire plus générale du Mexique du début des années 70. Quelques marqueurs viennent émailler la temporalité du film sans être trop appuyés. Le contexte historique est aussi un prétexte pour Cuaron pour explorer la violence sourde qui tend la société à cette époque. Les jeux d'échelle deviennent alors impressionnants lorsque dans un même plan, la caméra panote entre quelques acheteurs de matériel pour bébé et une scène de manifestation violente impliquant une grande foule, d'abord aperçue par la fenêtre, mais qui dégénère en envahissant l'espace de la boutique auquel s’intéressait premièrement la caméra.

Roma n'est cependant pas exempt de défauts. Le film contient bien quelques moments lumineux autant spectaculaires (un magistral incendie) qu’intérieurs (paupières closes, sur une seule jambe) mais manque d'un élan de vie qu'on pouvait trouver, par exemple, dans Y tu mama tambien. La saturation technique du film cesse de servir celui-ci quand elle devient complaisante et passe de guide à manipulatrice, en particulier lors de certaines scènes chocs (un manifestant abattu froidement devant sa femme) ou distillant le doute et les interrogations (la situation du mari révélée au compte goutte dans le but de créer un faux suspense). Ce style un peu trop hérité d'une certaine école mexicaine (Reygadas, Escalante, Inarritu...) dessert le film lorsque le spectateur ne peut plus que se sentir piégé. Cet aspect abusivement dirigé, un peu trop tourné vers une vision terne (choix du noir et blanc me semblant complètement injustifié), donne au film un aspect trop froid (presque métallique) alors que le fond appelait plutôt une mise en scène chaude et moins distanciées des personnages.

Il est donc captivant que Cuaron revienne à des projets plus personnels après un tel succès aux États-Unis mais sa technique ultra-maitrisé adéquate pour un film scientifique tel que Gravity dénote quelque peu dans ce nouveau film au cadre intime et familial.

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