Cléo de Cinq Assiettes

Avis sur Roma

Avatar Mike Öpuvty
Critique publiée par le

Tôt dans sa carrière, Alfonso Cuarón n'était pas étranger à l'émotion. On se souvient encore avec une lèvre tremblante de The Little Princess et Y Tu Mamá También. Par la suite, il a su frayer avec Hollywood et de gros budgets, explorant une forme d'émotion soit beaucoup plus épidermique ( Gravity ) soit plus diffuse, lancinante ( Children of Men ). Fort de ses experiences, il revient à un cinéma primal, plus fondamental et proche de ses premières œuvres en y apposant la maestria technique qu'on lui connait désormais.

Roma est de ces films qui ne manqueront pas de marquer les spectateurs, pour leur approche singulière de petites anecdotes du quotidien qui, mises bout-à-bout, façonnent la vie. Et cette vie là, Alfonso la connait à fond : "90% des scènes présentées dans le film sont issues de mes souvenirs" déclare-t'il.

Alors, il est où le problème ?

Le nez dans le guidon, Cuarón bâtit un film-de-souvenirs sans se soucier de bâtir un film. Le vrai étant l'ennemi du vraisemblable, sa chronique intimiste pue le fake et le m'as-tu-vu. Tout est tellement impeccable dans sa mise-en-scène que je finis par refuser de croire à ce que je vois : Roma est fabriqué, bien huilé, nickel et rutilant. Il n'y a aucune place pour l'imprévu, le chaos, ou encore les incertitudes qui jalonnent la vraie vie.
Alfonso clame avoir voulu restituer le chaos, par exemple en ne révélant à personne la finalité du scénario, ou en donnant à ses acteurs des informations contradictoires pour mieux les surprendre et obtenir des réactions authentiques, mais avec sa mise-en-image clean et aseptisée, aucune de ses astuces ne fait mouche.

Le film en devient vide de tout intérêt.

Au sens littéral du terme : ça n'est pas intéressant de voir des tranches de vies, vues de loin au grand angle qui panote à droite-à gauche, et qui ne s'amoncellent vers rien, n'apprennent rien à personne et ne mènent nulle part. Toute l’émotion qui peut s’en dégager sera au mieux fortuite, au pire forcée.

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