Sans toit, ni eux...

Avis sur Rosie Davis

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ROSIE DAVIS (15,4) (Paddy Breathnach, IRL, 2018, 86min) :

Rosie Davis propose une émouvante chronique sociale, à travers le combat d'une famille modeste irlandaise, en difficulté quotidienne pour trouver un abri décent pour passer la nuit au cœur de Dublin, depuis que leur ancienne maison a été mise en vente par le propriétaire.

Un carton introductif installe directement la situation politique et le fléau de la crise du logement qui gangrène l'Irlande en indiquant que le taux de SDF du pays est le plus élevé en Europe. Puis une voix féminine rompt le silence, la situation se précise, on devine une femme au téléphone, alors que les premiers plans mettent en lumière une vitre embuée par des gouttes d'eau qu'une main déterminée tente d'évacuer pour y voir plus clair dehors. D'emblée l'avenir s'annonce floue, et le réalisateur nous invite à accompagner le destin de cette trentenaire au regard empathique dont son point de vue devient d'entrée le fil narratif de l'histoire. Très vite l'auteur plante le décor de l'intrigue, en quelques naturalistes. Paddy Breathnach dévoile avec réalisme la situation d'une famille de classe moyenne en lutte chaque jour pour trouver un chambre d'hôtel pour dormir la nuit. Cette course contre la montre sociale dure déjà depuis deux semaines. Depuis que leur ancien propriétaire décide de mettre en vente leur maison que cette famille de six ne peut se permettre de racheter faut de revenus suffisants. La caméra bienveillante dresse le portrait de cette famille unie, sans problème, la femme est mère de famille de 4 enfants et le père travaille dur comme employé dans une cuisine d'un restaurant.

Le cinéaste caméra à l'épaule suit ainsi le combat de la précarité ordinaire où des travailleurs pauvres deviennent tout d'un coup sans-abri, à cause de circonstances indépendantes de leur volonté. La mise en scène en lumière naturelle instaure de suite de la sympathie envers cette famille aimante et de l'authenticité au récit. Tel un ange bienveillant la caméra à hauteur d'humains reste humble aux côtés de cette mère perchée au téléphone à l'intérieur de sa voiture pour tenter de trouver un hôtel qui accepte une famille et d'être payé par une carte de crédit sociale attribuée par la mairie, tout en devant constamment s'occuper de ces quatre enfants : Kayleigh, 13 ans, Millie, 8 ans, Alfie, 6 ans, et Madison, 4 ans. À travers de nombreuses scènes du quotidien : emmener les enfants dans les écoles respectives, faire la lessive, aller aux toilettes, manger dans la voiture où dans une chambre d'hôtel exiguë pour six, le cinéaste sans pathos nous dévoile cette réalité concentrée scénaristiquement sur deux jours, comme un rude cercle vicieux qui peut broyer les hommes. Mais ici cet engrenage de la précarité est mis à mal par cette formidable mère courage, une héroïne des temps modernes (sans canne, ni chapeau), suivi en plans serrés qui se bat avec détermination et énergie pour garder la dignité de toute la famille, refuser que cette situation détruise les valeurs éducatives instaurées et l'unité de la famille, quitte même à refuser l'hospitalité de sa mère (avec qui elle est en froid pour des questions paternelles sordides). À l'intérieur de cette voiture, véritable radeau de la méduse, dont Rose ne rêve que d'en sortir, elle rame comme elle peut soutenu par son mari aimant, pour ne pas baisser pavillon au milieu de la tempête, malgré quelques éphémères flots de larmes en espérant toujours voir le soleil pointer à l'horion.

Mais l'âpre récit dépasse l'habitacle de la voiture, devenue une demeure familiale faute de toujours réussir à trouver une chambre à temps, et s'offre quelques bouffées de complicités familiales bienvenues, alors cette situation éprouvante implique des conséquences intimes sur leur communion (harcèlement scolaire, alimentation restreinte, tensions...). Et cette radicale histoire convoque aussi bien l'obstination de certaines femmes de cinéma des frères Dardenne et la veine sociale sensible de Ken Loach, franchit les simples frontières irlandaises, pour nous conter une rude fable ordinaire qui éprouve universellement de nombreux humains travailleurs, méritants tous sur cette planète bleue, d'avoir le simple droit à un logement. Cette haletante chronique épurée à la superbe bande originale pertinente composée par Stephen Rennicks, s'appuie sur l'épatante et touchante Sarah Greene, bien accompagné par Moe Dunford et par un étonnant casting d'enfants, dont l'alchimie globale de tous les acteurs donne une véritable authenticité à cette histoire. N'hésitez pas à venir soutenir cette famille soudée, embarquée dans cette lucide tragédie contemporaine de la paupérisation, emmenée par la courageuse Rosie Davis. Une œuvre pudique, puissante et déchirante.

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