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Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur les lumières de la ville, confuses entre celles de Noël et celles de la police. La ville nous est présentée, décrite en voix off comme si elle était un personnage à part entière : nous voilà plongés dans le quotidien du commissariat de Roubaix, sans prétention aucune. A la limite d’un documentaire, avec ses caméras embarquées et observatrices, Desplechin nous plonge dans la misère des villes du Nord, de ces anciennes villes d’ouvriers, abandonnées et oubliées. 
Ce polar se construit autour de témoignages poignants de deux amantes, allant au-delà de la simple énumération de faits, illustrant et démontrant leurs conditions de vie. D’abord victimes puis accusées, elles termineront coupables d’un meurtre qu’elles semblent plus avoir subi que commis. Soutenu par l’interprétation dure de Léa Seydoux et celle fragile de Sara Forestier, le film puise son inspiration dans notre incapacité à les juger totalement coupables, leur trouvant toutes les excuses sociales du monde.
Avec sincérité, Desplechin nous offre un témoignage de ces vies de misère. Il n’explique pas, il montre ; ces briques rouges sans fin, ces maisons à l’abandon, l’isolement, les piqures sur le bras d’une habitante jusqu’à la peinture écaillée présente dans chaque entrée de baraque. 
Ici la vie est dure, brutale, comme nous le montre le personnage de Claude, première amante - intensément interprétée par Léa Seydoux - le regard froid, distant, presque cassé qui ne survit que pour son fils, « et mon fils ? » dit-elle à chaque intervention des policiers. Quant à Marie - dont l’interprétation de Sara Forestier vient approfondir celle de L. Seydoux -, elle nous montre un autre aspect de cette ville, car Roubaix ne fait pas qu'endurcir, elle détruit aussi. Etouffante, pesante, la vie, là-bas, semble enlever tout courage et tout caractère à chacun jusqu’à devenir comme Marie, soumise et fragile qui met sa main devant son visage dès qu’elle se sent en insécurité. L’interprétation de ces deux actrices donne tout son relief au film, se rapprochant au plus près des images du documentaire dont s’est inspiré Desplechin. Les interrogatoires se font intenses et oppressants, montrant toute la violence et l’énergie psychologique nécessaire pour les conduire et les subir. 
Mais le film est finalement à l’image de son personnage principal le Commissaire Daoud, patient et bienveillant face à des individus forgés par leur environnement. Roschdy Zem offre une interprétation à la fois effacée et ancrée dans le quotidien de cette ville, montrant son attachement à Roubaix et son incapacité à la quitter malgré les souvenirs qu’elle renferme. On s’attache au commissaire qui s’est attaché aux habitants. 
Cette fidélité à la réalité, on la retrouve lorsque l'on rentre dans l’intimité des habitants, les dérangeant chez eux, les tirant de leur lit et voyant les menottes se refermer autour de leurs poignets. Et, dans ce souci de fidélité à ces faits divers qui se sont réellement produits, les dialogues ne sont ni lourds ni enjolivés, ils sont concrets, enracinés dans le réel avec ses erreurs et ses balbutions.
Desplechin ne juge pas, il énonce, et c’est là toute la force de ce film qui reste d’une neutralité déconcertante ; juges, victimes et bourreaux attirent tous autant notre attention sans pour autant nous faire ressentir un besoin de les estimer. Roubaix, une lumière témoigne d’une tolérance et d’une intimité entre flics et accusés, qui dans une ville aussi petite et abandonnée, terminent par tous se connaître. L’intrigue policière se créer dans ce besoin qu’a le commissaire de soulager les accusées de la vérité, pensant sincèrement que la loi peut les aider, voire même les sauver.
Alors que l’on cherche la lumière de ce film, c’est le commissaire qui nous la souffle, car même dans une ville aussi pauvre et délaissée que Roubaix, les enfants continueront toujours de vouloir jouer et les adultes d’aimer. 

Ainsi Claude et Marie - le duo Seydoux/Forester - sont aussi victimes de Roubaix qu’elles sont coupables de leur crime.

katell-lm
7
Écrit par

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