Rupture consommée...

Avis sur Rupture

Avatar Red Arrow
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Imaginez qu'on vous serve une pizza réunissant absolument tous les ingrédients que vous préférez. Vous vous léchez les babines, forcément. Mais, alors que vous croquez avec appétit dans la première part, c'est le choc : aucun de ces aliments ne vont ensemble ! Désespérément, vous continuez à vous en empiffrer en priant pour qu'enfin ce goût parfait dont vous rêviez explose en bouche. Et puis, devant les quelques miettes restantes, il faut se résigner, ce qui devait être une idylle dégustative de première catégorie s'est transformé en déception difficilement explicable.

L'équivalent cinématographique de cette pizza fantasmée pourrait se nommer "Rupture".
Sur le papier, l'affaire était engagée de la meilleure des manières : Steven Shainberg, réalisateur d'une des plus géniales histoires d'amour déviantes des années 2000 ("La Secrétaire"), un scénario à l'idée de départ intriguante voulant manifestement s'inscrire dans la veine des grands thrillers paranoïaques de science-fiction d'antan et, la cerise sur le gâteau, une Noomi Rapace toujours impeccable sur laquelle repose quasiment tout le film.

À l'écran, tout le monde semble s'être lié contre le spectateur pour lui faire disparaître son sourire enthousiaste. Steven Shainberg a sorti son immense collection d'ampoules multicolores et déroule une palette esthétique toute autant séduisante que lassante pour nous décrire la bizarrerie ambiante de la captivité de cette héroïne dans un environnement aussi étrange que le comportement de ses ravisseurs (rassurez-vous, il n'y a pas eu d'éclairagiste sous LSD des années 70 durant le tournage, cet univers coloré en huis-clos trouvera une justification balancée au détour d'une réplique). Le souci c'est que ce parti pris formel, aussi amusant soit-il à découvrir, ne parvient pas à apparaître autrement qu'un simple artifice et Shainberg, tout concentré qu'il est pour n'oublier aucune couleur de l'arc-en-ciel, n'arrive jamais à créer le moindre début de climax ou un minimum de tension qui devrait être inhérent à un tel récit. Ici, on ne ressent que de l'ennui à voir Noomi Rapace galoper dans des couloirs multicolores, sans parler de quelques effets visuels épouvantables (aïe, ouille, la fameuse "rupture"!).

Un ennui qui ne laisse d'ailleurs aucune chance à un récit en forme d'hommage à une certaine idée de la SF noire, dont les indices et les révélations sur les buts recherchés par ces mystérieux ravisseurs, pourtant dotés d'un réel potentiel, n'arrive que rarement à redynamiser notre intérêt. Même la bonne prestation de Noomi Rapace et celles plus cabotines dans l'étrange de ses tortionnaires (menés par Michael Chiklis) ne soulageront qu'à peine la déception continue que représente le visionnage de "Rupture" jusqu'à son terme...

Ce qui aurait dû être un retour aux sources vers une veine de la SF étrangement un peu oubliée se conclut par un ratage incompréhensible au vu des forces réunies pour la concevoir. On n'en retiendra que les mystères des premières minutes et quelques scènes d'expériences tordues pour se consoler...
Pour en revenir à la métaphore introductive, on partirait clairement de la pizzeria sans payer l'addition mais on mettrait une claque au serveur en guise de pourboire.

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