Le jour mâle de Mickey

Avis sur Rusty James

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Je plaçais d'assez grandes espérances en cette œuvre, Coppola ayant réalisé plusieurs de mes films préférés et mes éclaireurs adorés lui ayant unanimement attribuée des notes annonciatrices de qualité. Je me suis donc trouvé fort marri d'être très mitigé (et un peu perplexe) lors du déroulement des crédits.

Soyons honnêtes, ce ne sont pas les qualités qui manquent au métrage.
Une réalisation léchée agrémentée d'une bande originale aussi agréable qu'atypique, d'une photographie à la beauté réjouissante, d'une ambiance et d'une esthétique étranges et maîtrisées (je noterai par exemple une influence notable des films noirs urbains de l'âge d'or dans nombre de plans et de décors, saugrenue pour un teen-movie et pourtant totalement justifiée ici).
Un casting qui satisfait sur de nombreux points, avec un Mickey Rourke beau et charismatique qui rappelle qu'il fut un temps où il ne ressemblait pas à un accident de voiture, un Dennis Hopper excellent dans son rôle de père alcoolique irresponsable mais sympathique (bon en même temps, c'est un peu son registre), un Nicolas Cage jeune qui dégage déjà de l'improbabilité par tous les pores de sa peau, entre autres.
Une narration où l'écoulement du temps se ressent de manière languissante et souvent hypnotisante, produisant ainsi un rythme saccadé bizarrement agréable.

Il n'existe finalement que deux éléments qui m'ont empêché de véritablement apprécier l'expérience, mais elles sont malheureusement loin d'être négligeables.
Il s'agit d'abord du personnage principal. Si son immaturité et sa stupidité sont justifiées par le scénario, il n'en demeure pas moins insupportable. Et comme il est de presque toutes les scènes, qu'il n'a jamais provoqué le moindre début de sentiment d'empathie en moi, qu'il a une dégaine ridicule et que je trouve que Matt Dillon a une tête de con et ne dégage rien, j'ai passé plus de temps à rêver de l'étrangler avec son putain de bandana qu'à m'intéresser à son sort.
Le propos, ensuite, pas idiot ou désagréable mais qui manque globalement d'intérêt dans sa vision de la famille, de la liberté, du désir et du monde en général (sauf quand on a 17 ans, j'imagine). Il est en sus plombé par quelques excès de niaiserie et par des symboles souvent bien choisis mais souvent mal utilisés (je prendrai pour exemple le "rumble fish" du titre, aussi poétique et parlant sur le papier qu'énervant en pratique, tant il est martelé sans finesse). Il ne faut en outre pas compter sur les dialogues, peu mémorables à l'exception de trois ou quatre, pour élever l'ensemble.

En résumé, il s'agit à mon avis du genre de pellicule impossible à juger objectivement (comprendre, encore plus que les autres) tant l'émotion ou l'énervement sont susceptibles de surgir, selon la sensibilité et les intérêts de chacun. Et, bien que je me place du côté des sceptiques et que certains parti-pris flirtent trop à mon goût avec le grotesque, la prestance formelle du film ne me fera de toute façon décourager personne de lui laisser sa chance.

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