Il a pris du speed le Ronny ?

Avis sur S.O.S. Maison Hantée

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En 1997, le public français découvre le réalisateur hongkongais Ronny Yu grâce au fabuleux The Bride With White Hair (1993), diffusé sur Canal + sous le titre Jiang-Hu : Entre Gloire et Passion. Quelques années auparavant, en 1994, il avait remporté le Grand Prix au Festival International du Film de Gérardmer. Mais avant son chef d’œuvre, Ronny Yu a réalisé par moins de 11 films entre 1980 et 1993, dont trois ghost (kung fu) comedy, The Occpuant, The Trial, et plus particulièrement celle qui nous intéresse ici, S.O.S. Maison Hantée (Bless This House en VO), qui a même eu droit à sa sortie VHS dans les années 80 dans nos contrées. Pourtant, en tant que grand amateur de ghost kung fu comedy, ce sous-genre typique des années 80 à Hong Kong, j’étais complètement passé à côté. Il était temps que je répare cette infamie et que je me lance à bras ouverts dans cette comédie horrifique. Et c’était très sympa !

Le film va débuter sur la partie comédie et, d’entrée de jeu, on sent une ambiance légère, de franche déconnade. La première chose à savoir, c’est que nous sommes ici dans de l’humour cantonais à fond. On adore ou on déteste en général, il y a rarement de demi-mesure. Le film va enchainer des gags très cons qui font marrer, bien gros, avec des acteurs qui se donnent à fond et qui n’ont jamais peur du ridicule. Donc oui, ça crie, ça gesticule, ça grimace. Le cabotinage en temps normal est quelque chose qu’on pourrait reprocher à des acteurs, mais dans l’humour cantonais, c’est tous les acteurs qui sont dans ce registre et donc ça ne dénote pas. C’est une habitude à prendre et il faut clairement adhérer, sinon toute la première heure de S.O.S Maison Hantée risque de paraître bien longue et bien insupportable. D’autant plus que le rythme est complètement frénétique. Ça va à 100 à l’heure, Ronny Yu va enchainer les scènes à vitesse grand V, et même si le coup de la famille qui aménage dans une maison hantée est vu et revu, le traitement qui est fait ici fonctionne plutôt bien. Au fur et à mesure que le film avance, les protagonistes vont petit à petit s’apercevoir qu’il se passe des choses étranges dans leur nouvelle maison (des pots de fleurs qui bougent, des bruits étranges, des visions), l’occasion pour Yu de placer tout un tas de références au cinéma horrifique des années 70 et 80 qu’on prend plaisir à essayer de détecter. Citons par exemple des clins d’œil à Shining (le tricycle, le père qui sombre dans la folie), Evil Dead (le poster, certains mouvements de caméra au ras du sol), Amityville (le mur qui saigne), La Malédiction (les balustrades) ou encore Poltergeist (certaines apparitions).

Seulement, cette première partie est clairement beaucoup trop longue. Certes, on ne s’ennuie pas car Ronny Yu sait rythmer cette grosse partie comédie avec des scènes parfois improbables telle que celle de l’exorciste qui tente de chasser les fantômes mais qui va prendre une raclée par un aspirateur possédé (si si) et des dialogues souvent savoureux (« tu as trop regardé de films de vampires chinois »). Mais il faut quand même attendre 1h pour voir arriver la deuxième partie et les fantômes qui se « matérialisent » pour de bon. Ici, le film prend une tournure un peu plus sérieuse (même s’il ne fait jamais peur), avec des éclairages plus surnaturels (filtres bleus, rouges, blancs vif), mais le film va s’avérer toujours aussi hystérique jusqu’au final sous stéroïdes hautement jouissif. Cette frénésie est complètement maitrisée par Ronny Yu qui sait clairement ce qu’il fait. Sa mise en scène est bien fichue. Il s’éclate avec sa caméra, la fait virevolter dans tous les sens et le résultat est souvent bien dynamique. Certes, les maquillages sont très kitchs, bien dans leur époque, mais c’est aussi ce qui donne du charme à ce genre de bobine, un côté un peu bricolé. Lorsque le générique de fin retentit, on se rend compte que malgré ce gros déséquilibre entre les deux parties, on s’est franchement bien amusé, tout autant que la tripotée de vieux briscards du ciné HK présents dans le film (Bill Tung, Bruce Leung, Ricky Yi, Manfred Wong, …) et qui s’en donnent à cœur joie.

S.O.S. Maison Hantée est une ghost comedy bancale par son rythme et sa construction déséquilibrée. Mais elle permet malgré tout de passer un bon moment décontracté grâce à son côté complètement fou et cette impression que le film ne s’arrête jamais.

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