Le mystère de l'amour est plus grand que le mystère de la mort !

Avis sur Salomé

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Véritable mythe au cinéma, la figure de Salomé incarne une certaine essence de la poésie et de l’art, ainsi que la puissance expressive de la danse comme dépassement du langage. Le cinéma trouve, dès ses débuts, dans ce mythe opposant le regard et la parole, l’âme et le corps, l’homme et la femme, le mouvement et l’immobilité, une formidable occasion de représenter son propre rêve d’art total.

Salomé du célèbre Charles Bryant est l'un des rares films expérimentaux produits par Hollywood dans les années 20, étant un plein essor après la première guerre mondiale, et même une esthétique de l'Art Nouveau anglais à des influences de l'avant-garde russe.

La sublime et scandaleuse Alla Nazimova, notamment par sa bisexualité assumée et pionnière des mouvements lesbiens de l’époque malgré la très forte condamnation morale, y interprète le rôle de la jeune Salomé. Les décors et les costumes Art Nouveau de celle-ci sont au service d’une mise en scène moderne, où Nazimova nous propose un jeu expressif de mimiques et de moues pour incarner une Salomé capricieuse et narcissique, moitié adolescente curieuse, moitié femme fatale découvrant la puissance de son désir, face à un Iokanaan maigre comme un ascète joué par Nigel de Brulier.

Le film respecte à merveille l’origine théâtrale du texte, et se déroule uniquement en intérieurs, respectant ainsi une unité de lieu. Les décors sont fortement inspirés des dessins d’Aubrey Beardsley revisités par la technique du cinéma. Nazimova met les formes de l’art nouveau au service d’une stylisation expressive qui construit un mythe moderne, dans lequel littérature, danse et cinéma se rejoignent pour interroger les rapports entre l’art et la technique, l’ancien et le nouveau.

La pièce de Wilde mettait également en scène la force indicible d’un désir aux limites du langage, et fournit un formidable support à cette mise en scène conjointe de la danse, du cinéma, et de leurs pouvoirs hypnotiques.

Le fait que le film soit exclusivement tourné en intérieur, l’attention aux lumières, la stylisation des décors, l’expressivité exacerbée de Nazimova, le jeu grotesque du tétrarque et d’une Hérodias en mégère mécontente, les poses maniérées des figurants, les airs hypnotiques et inquiétants que prend Nazimova, créent une atmosphère mêlant humour et mystère. Ici, le comique est fondé sur une puissance gestuelle et cinétique du grotesque, qui mêle humour et cruauté, produisant ainsi un sublime inversé et une vivacité expressive moderne.

Le film de Bryant s’inscrit bien dans cette ligne esthétique inaugurée par les réflexions de Baudelaire, poursuivie par le symbolisme et le décadentisme, et remaniée par Wilde qui fait de Salomé un mythe mondial.

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