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Avis sur Samsara

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Ron Fricke a connu son heure de gloire en 1992 avec Baraka, film documentaire sans parole sur les beautés et les désastres de notre monde. Il avait réalisé avant, sur un même principe, Cronos (1985), qui lui-même s’inspirait du célèbre Koyaanisqatsi (1983) de Godfrey Reggio (dont Philip Glass composa la musique) sur lequel Fricke avait d’ailleurs été scénariste, monteur et directeur de la photographie. Avec Samsara, Fricke boucle ainsi une trilogie commencée il y a presque trente ans, et toujours inspiré du modèle fondateur de Koyaanisqatsi, premier segment d’une autre trilogie complétée par Powaqqatsi en 1988 et Naqoyqatsi en 2002.

À sa sortie, Baraka fit forte impression, considéré aujourd’hui encore comme une œuvre culte dont Samsara serait une suite directe, une version 2012 remise au goût du jour, reloaded. Sauf qu’entre-temps, Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot, Jacques Perrin et consorts (et même Tarsem Singh avec The fall) sont passés par là avec pour conséquence, entre autres, la banalisation d’un message écolo-neuneu aux vertus altermondialistes et politiquement correctes. Samsara a l’unique défaut de ne plus rien inventer, de ne plus proposer quelque chose d’original et de moderne, comme un décalque simplement parfait, scène après scène, de Baraka.

S’il parvient à offrir des images extraordinaires de notre humanité, laides et superbes à la fois, son discours a quelques airs de déjà-vu, celui d’un reportage du National Geographic basculant à peine dans le New Age (Baraka n’en était pas loin non plus). Au moins évite-t-il d’asséner, d’imposer des verbiages prémâchés, livrant le spectateur à ses propres réflexions et à ses propres interprétations. Samsara est plus probant quand il parvient à faire correspondre ses images et ses symboles, créant un lien sensible, une synergie invisible sur ce qui nous entoure, du plus beau d’une nature redécouverte au plus terrifiant de nos sociétés, déchirées entre splendeurs et décadences.

La partie sur l’humain, si elle reste impressionnante par ce qu’elle montre (et la façon dont elle le montre), enfonce des portes ouvertes sur nos multiples dérèglements : armes, surconsommation, pollution, pauvreté, démesure technologique… La question sur nos dérives alimentaires n’est pas sans rappeler celle dans Baraka (la scène des poussins) et évoque, pour les connaisseurs, le glaçant Earthlings, documentaire ultra-traumatisant sur la condition animale et son exploitation génocidaire par l’homme (le film se regarde la peur au ventre et l’estomac noué, les larmes aux yeux et le cœur au bord des lèvres).

De la Namibie à Pétra, du Mont Saint-Michel aux highways de Los Angeles, du mur des Lamentations au mont Nemrud en Turquie, du parc de Yosemite aux temples de Pagan en Birmanie (Fricke a même intégré une séquence montrant l’artiste Olivier de Sagazan en plein happening saisissant), Samsara voyage, flâne, circule, se hasarde et dévoile un ensemble de scènes sublimes tels la patiente et minutieuse élaboration d’un mandala, le survol de Palm Jumeirah à Dubaï ou celle, hallucinante (et davantage que celle dans Baraka), du hajj à la Masjid al-Haram de La Mecque. Méditatif et réflexif, Samsara sait éblouir nos yeux et inspirer nos consciences, périple vagabond plus grisant et plus surprenant encore s’il se laisse découvrir sur un grand écran.

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